On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
L’émergence de David Cameron sur la scène politique britannique était-elle inévitable ? Si Kenneth Clarke s’était démené pour mener une campagne interne digne de ce nom face à Iain Duncan Smith pour prendre les rênes du parti conservateur, si David Davis avait été plus prompt à prendre la place laissée vacante par la démission de Michael Howard, si ce dernier avait proposé à David Cameron le poste de shadow chancellor , si George Osborne l’avait refusé, alors peut-être que David Cameron ne serait pas devenu la figure de proue des Tories.
Pourtant, comme le note John Gray dans la London Review of Books , son ascension est perçue par les observateurs comme irrésistible. On le compare volontiers à l’illustre Margaret Thatcher sans suspecter ce que sa prise de pouvoir pourrait charrier avec elle de querelles intestines au sein du parti conservateur, comme au temps où Thatcher fut évincée des premiers rôles. Ainsi, les analogies en temps de victoire sont trompeuses. Thatcher n’a pas commencé par appliquer l’idéologie néolibérale décomplexée avec laquelle elle fut ensuite identifiée. Les privatisations n’étaient pas mentionnées dans son programme de 1979, qui se concentrait sur l’endiguement de l’inflation et le démantèlement du pouvoir des syndicats. Le but de Thatcher était certes de destituer l’Etat de son pouvoir sur l’économie ; mais elle avait aussi en tête de provoquer une sorte de régénération morale dans les classes populaires, en liquidant le système des council houses ou logements sociaux. Elle pensait, comme bon nombre de courants idéologiques de la droite de l’époque, que le marché récompenserait une éthique du travail et de la constance. Le laissez-faire en économie bénéficierait forcément aux travailleurs méritants et consciencieux.
Toutefois, John Gray rappelle que la Grande-Bretagne dont rêvait Thatcher était bien plus celle des années 1950 que celle façonnée par sa politique néolibérale. Un marché du travail extrêmement fluctuant n’encourage pas le travailleur typiquement révérencieux et stable qu’envisageait Thatcher. Il incite bien plus à la prise de risque et à la remise en question permanente. La révolution sociale qui devait accompagner les grandes mutations économiques mises en œuvre par Thatcher n’a pas eu lieu. Ou plutôt, elle a fait de la Grande-Bretagne une société obsédée par l’idée du succès individuel, plus ouverte sur les différences sexuelles, moins monoculturelle et organisée en classes, mais plus instable et inégalitaire. Tony Blair- avec le petit groupe à l’origine de la création du New Labour- fut peut-être le seul à comprendre la rupture politique qui eut lieu à cette époque. Contrairement à ses prédécesseurs, il s’évertua à poursuivre le travail de modernisation entamée par Thatcher, tout en instaurant sous l’égide de Peter Mandelson une sorte de centralisme démocratique, au sein du Labour Party. A son tour, David Cameron s’est largement inspiré des techniques de communication de Tony Blair. En s’offrant les services de conseillers venus des tabloïds, il s’est forgé une image d’homme moderne qui se rend au bureau tous les matins sur sa bicyclette. Mais a-t-il seulement compris la leçon de léninisme de Mandelson selon laquelle la clé pour gagner plusieurs élections successives est d’abord de vaincre son propre parti ?
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