Rédacteur

critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL

Les idées sur le Web

Bientôt de nouveaux résultats !

Retour sur le néolibéralisme
[mercredi 10 septembre 2008 - 10:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Le Colloque Lippmann. Aux origines du néo-libéralisme
Serge Audier
Éditeur : Le Bord de l'eau
354 pages / 17,10 € sur
Résumé : Une lecture intelligente des "origines" du néolibéralisme, loin des clichés dominants.
Page  1  2 

* Cet article est accompagné d'un disclaimer. Pour le consulter, cliquez sur le footer situé en dessous.

 

Serge Audier livre ici un livre utile à plus d’un titre. Utile, cet ouvrage l’est tout d’abord en raison de ce qu’abritent ses cent dernières pages : les actes d’un colloque s’étant tenu en 1938, à l’occasion de la publication en France de l’essai du journaliste américain Walter Lippman, La Cité libre. Organisé à l’instigation de Louis Rougier, philosophe accusé de collaboration après la guerre mais considéré comme l’un des "fondateurs du libéralisme moderne" par le Prix Nobel Maurice Allais, cet événement devait permettre d’établir un "agenda du libéralisme" dans un contexte de crise de cette doctrine. Le colloque Lippman n’en reste pas moins, comme le rappelle Serge Audier, "très mal connu, même des spécialistes de l’histoire du libéralisme", et nourrit, par conséquent, certains fantasmes. En rééditant les actes de ce colloque, devenus introuvables, les éditions Le bord de l’eau apportent donc une pièce essentielle au débat. Plus prosaïquement, elles devraient contribuer à l’extinction des citations – parfois hasardeuses – de seconde (voire troisième) main qui prolifèrent chez certains "experts" de la question néolibérale. Mais là n’est évidemment pas le plus important car si ce livre est utile, c’est avant tout en raison de la longue présentation (plus de 250 pages !) que signe Serge Audier.

L’ambition que revendique le philosophe est relativement explicite (et salutaire) : en finir avec les "récits mythologiques" du néolibéralisme. Ces derniers tendent notamment à faire du colloque Lippmann le point de départ d’un complot néolibéral fomenté par des élites globalisées. Loin d’une représentation monolithique du néolibéralisme, l’analyse des idées et des prises de position à laquelle s’attelle Serge Audier rend compte de la diversité des courants rassemblés lors de cet évènement ; une diversité que l’on retrouvera, dans une certaine mesure, lors des premières années d’existence de l’emblématique société du Mont-Pèlerin.

Mais plus encore, l’universitaire rappelle surtout une évidence lorsqu’il écarte la thèse d’une préparation, dès 1938, des succès politiques et électoraux remportés quarante ans plus tard : loin d’être un long processus rectiligne, la montée en puissance du néolibéralisme s’apparente surtout à une succession de rapports de forces et d’ajustements. Le colloque Lippman ressemble dès lors moins à une offensive planifiée contre le keynésianisme et le socialisme (dont certains intervenants se disent proches) qu’à un affrontement entre différents groupes autour de la définition légitime du néolibéralisme. Quoi de commun en effet, entre Röpke, figure de proue d’une école (l’ordo-libéralisme) qui influencera par la suite l’ "économie sociale de marché" de la RFA, Hayek, partisan d’une approche plus "marchéiste" souvent critiquée lors de ce colloque, ou encore, Marlio, chantre d’un "libéralisme social" ouvert à l’interventionnisme. Plus généralement, on croise, au fil de ces pages, une majorité d’intervenants alors convaincus de la faillite du libéralisme des "origines". La faute aux libéraux du XIXe siècle, engoncés dans leur dogmatisme et persuadés de la naturalité du marché. Plus encore, trompés par leur économisme, ces mêmes libéraux auraient dévoyé le "progressisme" de leur idéologie en méprisant la question sociale. La crise économique mondiale et la montée des totalitarismes en Europe n’auraient dès lors qu’accéléré la dégénérescence du libéralisme.

Titre du livre : Le Colloque Lippmann. Aux origines du néo-libéralisme
Auteur : Serge Audier
Éditeur : Le Bord de l'eau
Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

1 commentaire

Avatar

Apollon

11/09/08 02:44
Enfin un article lisible sur le sujet. Merci.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici