Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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Le journaliste Jean-Marc Binot et Bernard Boyer avaient déjà travaillé ensemble à un ouvrage sur l'histoire du réseau clandestin Brutus . Ils ont cette fois choisi d'élargir leur champ d'investigation en abordant la question du financement de la Résistance intérieure. Un des principaux mérites de cet ouvrage très synthétique (120 pages) est de présenter cette question, qui a fait l’objet de controverses très vives dès la Libération, de manière dépassionnée. Les analyses de Jean-Marc Binot et Bernard Boyer s'appuient sur les archives de la France Libre, du Ministère des Finances et de la Banque de France, ainsi que sur des fonds privés et des sondages dans les dossiers de certains réseaux. On regrettera du reste l'absence de références précises aux sources utilisées pour écrire ce livre ; la présence de notes de bas de pages n'aurait pas nui à la clarté du propos. Les documents cités en annexe ne renvoient à aucun fond d'archives précis. Enfin, l'étude manque parfois de distance critique vis à vis des chiffres tirés de sources rares et partielles. Les auteurs suggèrent d'ailleurs eux-mêmes, par exemple, qu'en ce qui concerne les vols commis par les maquisards à l'été 1944, les données de la Banque de France ne recoupent pas celles enregistrées au niveau départemental.
Si l'étude apporte un premier éclairage intéressant sur le sujet, un travail plus rigoureux effectué par des historiens permettrait probablement d'approfondir, voire de critiquer certaines données. Il demeure que l'ouvrage permet de faire le point à l'aide de nombreux exemples sur les enjeux matériels auxquels furent confrontées les organisations clandestines. Quelles dépenses devaient-elles prendre en charge? Comment trouvaient-elles des sources de financement? Comment évaluait-on les besoins et faisait-on parvenir l'argent à ses destinataires? Comment faisait-on face au surcoût de la vie clandestine puis à l'afflux de volontaires au sein des maquis et au moment du débarquement en Normandie?
Le coût de la vie clandestine
Les auteurs évoquent tout d'abord les différents postes budgétaires qui nécessitent que les organisations clandestines trouvent des fonds afin de financer la vie dans la clandestinité. Les dépenses courantes génèrent un surcoût nécessaire afin de préserver la sécurité des résistants. Les repas sont par exemple pris dans des restaurants fréquentés par les Allemands, plus onéreux mais où les contrôles de police sont plus rares. Aux frais de fonctionnement ordinaires (salaires des permanents, impression de la presse clandestine, fabrication de faux-papiers) s'ajoutent des dépenses exceptionnelles liées à la préparation d'évasions ou au fonds de secours pour les résistants victimes de la répression nazie. Ainsi, en septembre 1943, Lucie Aubrac doit-elle réunir 400 000 francs pour organiser l'évasion de son mari, Raymond (soit plus de 13 ans du salaire moyen d’alors, selon les estimations données par les auteurs). A partir de la fin de l'année 1942, la formation des maquisards et l'afflux de nouvelles recrues posent également un problème logistique lié à leur ravitaillement et leur équipement. Les auteurs citent l'exemple du mouvement Combat de Frenay, dont les frais mensuels oscillaient entre 20 000 et 30 000 francs à la fin de l'année 1941, pour atteindre 200 0000 francs au cours de l'année 1942 puis 5 et 7 millions mensuels au printemps 1943.
D'où vient l'argent?
Les exemples fournis par les auteurs montrent que les dirigeants des premiers mouvements de Résistance financent leurs actions jusqu'en 1942 à l'aide de fonds privés provenant de leurs membres ou de mécènes patriotes. Les dons obtenus demeurent toutefois très en-deçà des besoins, car la victoire alliée semble alors très illusoire ; quand Henri Frenay, fondateur du Mouvement de Libération Nationale, approche des industriels, il ne reçoit en décembre 1940 que 14 000 francs. A titre de comparaison, le salaire moyen en 1941 oscille autour de 2 000 francs...
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