Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Pierre Joxe à la Cité des Livres
[mardi 27 avril 2010 - 14:00]
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Pour le troisième débat organisé par la Fondation Jean-Jaurès et nonfiction.fr le lundi 26 avril, Pierre Joxe a présenté son livre Cas de conscience dans lequel il expose les doutes et les "cas de conscience" qu’il a eus au cours de sa carrière, de son service militaire pendant la guerre d’Algérie aux dernières années en tant que membre du Conseil constitutionnel. Le débat était animé par Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, et Louis Gautier, coordinateur du pôle Défense, stratégie et sécurité de nonfiction.fr et membre de la Cour des comptes.

Pourquoi ce livre ?

Dans un premier temps, Pierre Joxe a expliqué les raisons qui l’ont poussé à écrire ce livre. Au départ simple interview, il a ensuite eu l’occasion de revenir sur trois cas du Conseil constitutionnel pour lesquels il a toujours hésité à publier une "opinion dissidente" : en 2002 pour la loi Perben I, en 2004 pour la loi Perben II et en 2009 pour la loi sur la présidence de l’audiovisuel public. Comparant le Conseil constitutionnel à ceux d’autres pays occidentaux comme les Etats-Unis ou l’Allemagne, Pierre Joxe a notamment expliqué la particularité de la France dans ce domaine : les opinions discordantes ne sont pas publiées au Journal Officiel, alors que c'est le cas dans de nombreux autres pays. Pierre Joxe est revenu sur ces épisodes plus tard dans le débat. Ces épisodes, entre éthique de conviction et éthique de responsabilité, ont marqué les "cas de conscience" de cet homme politique et constituent la base de son livre.

Retour sur la jeunesse et la guerre d’Algérie

Pierre Joxe a ensuite longuement évoqué l’importance de la guerre d’Algérie dans son parcours politique et dans sa prise de conscience. Ayant vécu à Alger pendant son enfance après avoir fui l’invasion allemande, Pierre Joxe enfant n’avait pas compris comment la France, après avoir combattu l’Allemagne nazie et défendu le "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes", a pu commettre des massacres comme celui de Sétif le 8 mai 1945, et s'enferrer dans des guerres coloniales. Pour Pierre Joxe, le retournement de l’opinion française au sujet de la guerre d’Algérie s’est produit avec l’arrivée en masse de soldats du contingent qui avaient grandi dans le culte de la liberté.

Sous-lieutenant à la Sécurité militaire à Alger à la fin de son service, il fut chargé de censurer L’Echo d’Alger, journal défendant l’Algérie française en appelant au meurtre et à l’insurrection. Pour le jeune dirigeant de l'UNEF anticolonialiste et défenseur de la liberté d’expression qu'il était, cette censure fut un premier "cas de conscience" : que devait-il censurer ? Devait-il aussi censurer les propos des membres du gouvernement qui exprimaient leur désaccord sur la question de l’indépendance de l’Algérie ?

1982 et "l’affaire des généraux de l’OAS"

En 1982, Pierre Joxe était président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et cet épisode marqua l’une de ses "divergences" avec François Mitterrand. Raymond Courrière, secrétaire d’Etat chargé des rapatriés, présenta un projet de loi pour reconstituer la carrière des généraux félons de l’OAS. Pierre Joxe a expliqué comment il s’était opposé à cette loi, soutenue par le Premier ministre Pierre Mauroy, mais incompréhensible pour beaucoup de militaires. Il avait dit à Mitterrand qu’il ne voterait jamais cette loi et qu’il démissionnerait avant le scrutin. Le président de la République avait alors choisi d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution qui permet de passer une loi sans vote en engageant la responsabilité du gouvernement. La loi passa, et Pierre Joxe ne démissionna pas. Autre cas de conscience.

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