On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le deuxième débat de La Cité des Livres, organisé par la Fondation Jean-Jaurès et nonfiction.fr le lundi 8 mars 2010, a été l’occasion pour le journaliste François Bazin de venir présenter son livre "Le sorcier de l’Elysée. L’histoire secrète de Jacques Pilhan" et de parler de ce personnage mystérieux, "artisan" de la communication de François Mitterrand et Jacques Chirac. Le débat était animé par Frédéric Martel, rédacteur en chef de nonfiction.fr, et Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean Jaurès. Pendant près de deux heures, le public a pu écouter avec intérêt François Bazin évoquant le destin original d’un homme de l’ombre.
Un écran "Pilhan"
François Bazin commence par parler de cet homme mystérieux qu’il a connu au début des années 1990. "Ce que je n’imaginais pas, dit Bazin en introduction, c’est que cet homme aussi mystérieux pourrait laisser finalement autant de traces." Quels sont donc "ces traces" qui nous permettent aujourd’hui de retracer la vie de Jacques Pilhan. D’abord, il faut noter que ce conseiller en communication a imposé un style à la télévision. François Bazin parle d’un "écran Pilhan". Des petites "découvertes" qui sont devenues aujourd’hui, banales. Ainsi, c’est sur une idée de Pilhan qu’un drapeau français est placé derrière le président de la République lors d’une allocution télévisuelle, ce qui, au début des années 1980, avait soulevé un émoi. C’est aussi, poursuit Bazin, un "éclairage différent" qui fait du président de la République, un "beau Mitterrand". Jacques Pilhan est aussi l’inventeur du "Plan média", c’est-à-dire d’une volonté dans la communication présidentielle d’imposer aux médias son agenda et sa temporalité… une "écriture médiatique" qui s’est là aussi banalisée aujourd’hui, mais dont Pilhan fut un pionnier.
Jacques Pilhan détestait les journalistes, rappelle François Bazin. "Ce qui l’intéressait particulièrement, c’était la communication présidentielle." Il avait d’ailleurs couché sur une simple feuille A4, les 15 points fondamentaux pour réussir une communication présidentielle, avec, entre autres, des idées comme "tout tourne autour du président", un nécessaire investissement de la sphère télévisuelle et la "gestion du désir". Jacques Pilhan avait compris l’importance de la mémoire télévisuelle, et notamment l’influence des images du 20 heures sur les souvenirs des gens.
Collaboration avec Mitterrand
La relation de Jacques Pilhan avec François Mitterrand est tardive. Il arrive dans son équipe en pleine campagne présidentielle de 1981. Il a alors 38 ans et n’est pas mitterrandiste. "C’était plutôt Rocard qui l’intéressait." Il n’appréciait pas à l’origine François Mitterrand et c’était réciproque : François Bazin rappelle que "François Mitterrand était le président de la République le moins prédisposé à comprendre ses techniques de communication modernes". Et pourtant, avec les années, une "forte complicité va naître entre les deux hommes" et celle-ci trouvera son point d’orgue avec les élections présidentielles de 1988. Une de ses influences en communication politique est la campagne de Ronald Reagan en 1984. Il se demande alors "comment on peut faire du si jeune et du si fort, avec du si vieux et du si con". Cette campagne l'inspirera pour construire celle de Mitterrand en 1988.
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