On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le livre de Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann a déjà fait débat en Allemagne, et pour cause. Lors de sa sortie outre-Rhin, il y a maintenant quatre ans, il avait étonné par son caractère inédit, l’importance des archives dépouillées et la volonté de prendre à bras le corps un sujet jusque là mal connu : la collaboration entre les Palestiniens et Hitler. C’est évidemment un sujet sensible, compte tenu du conflit qui déchire aujourd’hui encore le Proche-Orient. Cüppers et Mallmann avaient déjà consacré des travaux à la Shoah en Pologne ou au personnel de la SS et c’est dans cette perspective, à savoir l’écriture d’une "histoire des bourreaux" (Täterforschung), qu’ils ont abordé leur nouvel objet de recherche. La thèse d’une "incompatibilité idéologique" entre le monde arabe et le IIIe Reich dominait jusque-là, qu’avait formulée Francis R. Nicosia . Les allégations raciales de Mein Kampf contre les Arabes semblaient aller dans ce sens. Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann remettent en cause cette version. Non seulement il y aurait eu engouement des Palestiniens, notamment du Grand Mufti Al-Husseini, pour le régime nazi, mais cet engouement ne tiendrait pas seulement à un calcul "tactique". Il serait la conséquence d’une valeur commune aux Nazis et aux Palestiniens, l’antisémitisme, véritable ciment idéologique entre les deux partenaires . Toutes les critiques déjà émises sur l’ouvrage ont souligné la qualité de sa documentation, ainsi que son caractère pionnier. Elles ont cependant mis en lumière les carences importantes de cette étude.
La Shoah en Palestine ?
Le livre de Mallmann et Cüppers est un véritable voyage à travers la Méditerrannée des années 1930-1940. Il s’ouvre sur un panorama de la lente constitution du Yichouv, la communauté juive de Palestine, des premières Aliyah à la déclaration Balfour de 1917, des premiers soulèvements arabes au Plan Peel de 1937-1938. Il fait ensuite alterner histoire culturelle et histoire militaire, pour analyser, d’une part, les prises de positions du Grand Mufti de Jérusalem, Al-Husseini, représentant des Arabes de Palestine, et de l’opinion arabe envers Hitler, et l’influence de la situation stratégique au Proche-Orient sur les tractations entre le Mufti et les nazis d’autre part. Les auteurs montrent ainsi une convergence idéologique forte entre nazis et Palestiniens arabes au moment où la guerre éclate : pour cet antisémite acharné, qui compare les Juifs à des "insectes porteurs d’une maladie " et rencontre à plusieurs reprises Hitler , Himmler, et même Eichmann , l’idée d’une destruction du foyer juif en Palestine était déterminante : "Al-Husseini mettait ainsi le poids arabe dans la balance pour maintenir l’intensité de la destruction des Juifs ". A partir de l’Opération Barbarossa de 1941, des premières exterminations de masse à l’Est, et surtout de l’installation de l’Afrikakorps de Rommel au Maghreb, Al-Husseini n’a de cesse d’inciter les nazis à repousser les forces anglaises en Égypte et en Palestine, leur promettant le soutien total de la population arabe. Toutes ces tractations sont évidemment indexées aux victoires des nazis en Afrique : les succès de Rommel provoquent des embrasements, sa défaite finale à El-Alamein en 1942, la fin des fantasmes de réalisation d’un éventuel soulèvement, même si le rêve perdure. Il n’en demeurerait pas moins – et c’est la thèse principale de l’ouvrage – qu’ "un antisémitisme exterminateur s’était incrusté dans la partie musulmane de la Palestine, un antisémitisme qui ne le cédait en rien à la haine des Allemands contre les Juifs et qui l’a même anticipée dans son application pratique, dans la mesure où les forces disponibles le permettaient ".
11 commentaires
Nicolas Patin
Prenez le temps de lire l'ensemble de l'article, vous comprendrez le choix de ce titre.
Merci.
Anonyme
NONFICTION, c'est bien cela est en pleine fiction.
Si Rommel avait gagné ?
Non Rommel n'a pas gagné.
C'est le scoop dans un monde qui dérive, non qui se laisse faire, qui se laisse dicter des " histoires" à dormir debout.
Tortue
Tortue
Tout cela pour dire que dans un travail historique sur le proche orient il faut faire attention à la façon dont les "ethnicités" sont tracées. Dans la même veine, le compte rendu parle de la popularité d'Hitler aupres des "musulmans du proche orient". On s'y perd donc un peu. D'où vient cet antisémitisme? De la dhimmitude imposée auparavant par l'Empire Ottoman? De l'essor du nationalisme arabe? (dans ces deux cas les chrétiens devaient être également concernés) Ou de l'Islam en soi (et là on se demande un peu d'où ça sort...)?
carlito