On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le troisième défaut tient au vocabulaire utilisé par le livre, qui reflète la difficulté d’écrire un ouvrage sur ce sujet sans prendre parti dans le conflit qui déchire actuellement Israéliens et Palestiniens. Dans le chapitre liminaire, notamment, qui retrace la montée des tensions entre les deux communautés dans les années 1930, les mouvements de contestation palestiniens sont désignés par le terme de "terroriste[s] ", et leurs membres qualifiés au mieux d’ "émeutier[s] ". Les auteurs écrivent que voir dans ces mouvements une "manifestation nationale pour l’indépendance et la liberté" pour reprendre les termes d’un arabisant allemand, reviendrait à "fermer les yeux sur la violence antisémite et [à] glorifier le terrorisme ". C’est ici que l’ouvrage dérape, de manière très contrôlée. Que ce soit au début ou à la fin du livre, les auteurs se présentent comme des défenseurs des Lumières, de l’Aufklärung, et la conclusion pointe clairement du doigt le monde musulman. "La pensée occidentale ne serait pas concevable sans les acquis de l’Aufklärung (…). Mais cette condition initiale doit aller de pair avec la conscience que certaines communautés n’ont pas encore atteint ce stade de civilisation ou que certaines nations, comme l’Allemagne, y ont même volontairement renoncé ". Ce type de constat va de pair avec une vision très critique des mouvements palestiniens : "en outre, du fait que les Arabes se percevaient comme les doubles victimes du colonialisme et du sionisme, ils se placèrent dans une perspective d’autovictimisation qui est toujours en vigueur aujourd’hui et qui les dispensait de réfléchir sur le tour que prenaient les événements ". Les auteurs s’étonnent qu’on recourt, pour qualifier Menahem Begin, chef de l’Irgoun, au terme de "terroriste", si souvent employé par eux pour désigner les mouvements palestiniens . Cet étonnement s’accompagne du passage sous silence des tensions et des débats qui animent la Haganah, l’Irgoun et le Groupe Stern, dans le recours à la violence contre la puissance coloniale britannique.
Le ton de l’ouvrage est volontiers véhément envers les autres chercheurs, accusés de complaisance coupable pour l’antisémitisme palestinien. Par son manque de recul, ses prises de position partisanes, et surtout l’absence d’analyse sérieuse de l’opinion publique arabe dans son ensemble, le livre perd en qualité de conviction ce qu’il avait gagné par la rigueur de son analyse et la richesse de ses sources. Il demeure que Cüppers et Mallmann tordent le cou à une image par trop idyllique des relations entre les représentants palestiniens et le IIIe Reich : ce n’est pas le moindre de leurs mérites. Ils ouvrent en outre des pistes intéressantes pour un débat renouvelé sur les relations entre le monde Arabe et le IIIe Reich ![]()
11 commentaires
Anonyme
Que pensez-vous de l'ouvrage de Matthias Küntzel intitulé : Jihad et haine des Juifs. Le lien troublant entre islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international (L’Œuvre éditions, 2009) ?