On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Toutefois, considérer de manière unilatérale que le Dieu de l’Ancien Testament serait toujours belliqueux et vindicatif relèverait de l’imposture intellectuelle. En effet, un examen plus nuancé du corpus biblique amènera inévitablement le lecteur à découvrir un autre visage de Dieu : celui de la générosité et du pardon. Considérons ainsi l’épisode du meurtre de Caïn : celui-ci, après avoir tué son frère Abel, se voit chassé par Dieu mais ce dernier désamorce le cycle de la violence en interdisant toute vengeance humaine : c’est le sens même du signe de Caïn, à la fois marque infâmante et marque protectrice, puisque apotropaïque. Dieu proclame dès lors le caractère sacré de toute vie humaine, quelle qu’elle soit. On pourrait multiplier à l’envi les citations visant à démontrer tantôt la violence de Dieu, tantôt son profond pacifisme.
La réalité du Dieu obscur : un Dieu fondamentalement insondable
En définitive, ce que démontre de manière pertinente ce court essai, c’est la profonde diversité des textes vétérotestamentaires, lesquels présentent successivement plusieurs visages de Dieu. Ainsi, si celui-ci a fait l’homme à son image, on peut aussi considérer que les rédacteurs bibliques ont fait Dieu à leur image : tantôt courroucé, tantôt généreux… De ce point de vue, seuls un examen rigoureux des textes et une prise en considération du contexte historique peuvent conduire à une juste compréhension du texte biblique. Soulignons toutefois que le caractère transcendant de Dieu empêche parfois l’homme d’accéder à une pleine compréhension du Tout-puissant. C’est la réalité de celui que Römer appelle alors le "Dieu obscur". Cette part d’ombre et de mystère, loin de devoir décourager le lecteur, doit au contraire l’inviter à scruter les méandres du texte biblique, à dépasser les positions dogmatiques ou monolithiques pour considérer les deux Testaments comme dans un jeu de miroirs. A ce titre, l’auteur souligne dans sa conclusion que les questions posées au sujet du Dieu de l’Ancien Testament "auraient pu être adressées d’une manière ou d’une autre au Dieu du Nouveau Testament." Quoi qu’il en soit, le Dieu biblique, dans sa réalité littéraire et transcendante, dépasse l’entendement humain et rend par là même inacceptable toute utilisation simplificatrice ou décontextualisée de ses paroles ou de ses actes à des fins idéologiques.
Le présent ouvrage, accessible à un large public, souligne la foisonnante diversité des textes bibliques. Toutefois, la brièveté des chapitres (une vingtaine de pages) ne permet pas toujours d’approfondir la réflexion. C’est pourquoi la lecture de Dieu obscur, si elle ouvre des pistes, mériterait d’être complétée par celle, pour le coup beaucoup plus consistante et étayée, de l’Introduction à l’Ancien Testament du même auteur. Le lecteur y trouvera sans conteste d’amples développements relatifs notamment à l’une des idées-maîtresses évoquées dans le présent ouvrage selon laquelle tout texte biblique doit être considéré à la lumière du contexte historique et idéologique (ce que Römer appelle les "milieux producteurs"). Cependant, Dieu obscur a le mérite de nous rappeler que, malgré les avancées décisives de l’exégèse moderne et à l’encontre des interprétations intégristes ou littérales qui surgissent çà et là, ce Dieu renfermera toujours une part irréductible de mystère : celle qui est propre à l’existence du divin, fût-elle seulement littéraire. Ainsi l’homme est-il peut-être condamné à répéter inlassablement les toutes dernières paroles de Job à Dieu : "Oui, j’ai raconté des œuvres grandioses que je ne comprends pas, / des merveilles qui me dépassent et que j’ignore." (Job, 42, 3cd)![]()
8 commentaires
Sylvain Reboul
Je ne comprends rien à cette affirmation:
1) Vous n'avez de cesse de proclamer que Dieu, dans son ambivalence même , est à l'image transcendée de l'homme
2) Or cette image transcendée est justement responsable du littéralisme qui précisément interdit l'entendement critique complexe par la soumission aveugle qu'il exige du croyant qui ne doit pas comprendre par lui-même afin d'agir dans le sens toujours présenté comme unilatéral du texte sacré
3) Donc ce n'est pas par une insuffisance de l'entendement critique face à la transcendance, mais la démission de celle-là devant celle-qui est une des causes de la violence liberticide des religions.
S.Briand
un des noms du Livre
Est-il bien certain que T.Römer parle, lui, de défaite \"israélienne\" ? Cet adjectif pour l\'Israel des temps bibliques n\'est pas très approprié !