Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

‘’L’homme Ben Laden était marginalisé, mis hors jeu ; mais dans la chrysalide du mythe qu’il avait fabriqué autour de sa personne, il devenait le représentant de tous les musulmans persécutés et humiliés’’. Autour de cette référence à Laurence Wright , autour de l’espoir de la chute du Mur du Berlin ou de l’élection d’Obama, ou encore des conséquences de l’avènement de la Chine, Dominique Moïsi trace dans un essai ambitieux une carte géopolitique des émotions comme une relecture critique de la théorie du choc des civilisations de Huntington. L’angle d’attaque est double : la distinction entre culture et culture politique, qui nuance fortement la fatalité de ce choc puisque les cultures ne sont pas vouées à l’affrontement politique, et la place des émotions, qui éclaire justement les logiques de conflit entre les cultures. Quelle est la dynamique du monde ? L’ouvrage présente la thèse selon laquelle le temps des nationalismes et des idéologies laisse place aux revendications de reconnaissance, et par conséquent, selon laquelle l’équilibre de la puissance dans le monde dépend de plus en plus d’un équilibre des émotions.
L’ouvrage dresse alors une carte autour de trois grandes tendances : une culture d’espoir en Asie, une culture d’humiliation dans le monde Arabe, une culture de peur en Occident. Emotions positives ou négatives. D’abord la carte d’une Chine et d’une Inde triomphantes sur le plan de l’économie et de la puissance régionale, animées par le sentiment d’un rattrapage de l’Occident et de la certitude de ce rattrapage, sans pour autant se laisser dominer par la puissance culturelle de ce dernier; puis un monde Arabe de plus en plus en retrait, à la recherche d’une nouvelle place géopolitique, miné par des élites corrompues, des tensions internes, les humiliations et les divisions dans ses relations avec Israël, les paradoxes de l’Iran ou de l’Egypte. Ensuite une carte du déclin des Etats-Unis et une Europe haletante, faible politiquement dans ses relations avec le monde extérieur, sur les genoux devant l’affaiblissement de sa prétention à incarner une culture universelle ; et enfin des ‘’inclassables’’, Russie, Afrique et Amérique Latine ; au croisement de ces trois cultures.
Un ensemble de facteurs vient appuyer cette géographie émotionnelle : bien entendu l’importance du passé et des grands récits de l’histoire dans des logiques d’aspiration à la puissance ou la revanche ; mais aussi la dynamique économique et financière des pays ; la puissance politique qui se dégage de cette puissance économique et les zones d’influence qui se coupent et se recoupent; ou encore l’innovation culturelle des pays qui traduisent richesse et puissance dans des projets de grande envergure. La méthode de cette carte ou de ces cartes régionales est ‘’impressionniste’’, la peinture se fait précise par ‘’touches’’ ou "poches" de couleurs, par des exemples classiques, des références à l’architecture et la musique classique, et de sensations en nuances, des expériences et des sentiments personnels. Le but, ‘’provocateur’’, comme le fait entendre l’auteur, est de dépasser les méthodes traditionnelles, les données objectives et rationnelles, les démonstrations obscures ou scholastiques des relations internationales, pour rendre vivant et accessible le choc des émotions de notre temps.
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