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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Souveraineté poreuse, démocratie emmurée
[lundi 22 mars 2010 - 16:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Murs. Les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique
Wendy Brown
Éditeur : Les prairies ordinaires
206 pages / 14,25 € sur
Résumé : À contre-pied des différentes théories sur les murs de séparation, voici un passionnant ouvrage sur le sens de leur construction dans le monde contemporain.
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À l’heure où l’on célèbre avec passion la chute du mur de Berlin, force est pourtant de constater que les murs connaissent une expansion considérable sur le globe. Dans un monde en mouvement, parcouru de flux incessants, quel rôle les constructeurs attribuent-ils à ces barrières? Comment expliquer cette propagation de murs ? Quel est leur sens profond ? C’est à ces différentes interrogations que Wendy Brown, professeure de philosophie à Berkeley, tente de répondre dans cet ouvrage. S’éloignant des analyses éprouvées qui s’attachent à la seule dimension territoriale ou à celle des impacts socio-économiques des murs, l’auteur tente plutôt de saisir leur dimension politique et leur "rapport à la désintégration de la souveraineté des États-nations". Dans ce but, elle focalise son analyse sur les murs-frontières, sur ces murs qui séparent les nations les unes des autres.

 

La souveraineté

Wendy Brown éclaire dans un premier temps la dimension de "souveraineté étatique" à travers les théories d’auteurs comme Hobbes, Schmitt ou Rousseau. Déployant en une analyse synthétique l’évolution de la notion de souveraineté dans la philosophie politique, elle parvient à en donner au lecteur une vision claire et concise et rappelle qu’elle agit tel un "pouvoir fondateur et indiscutable, durable et indivisible, majestueux et effrayant, décisif et suprajuridique". Autrement dit, la souveraineté serait une qualité intrinsèque de l’Etat soumise à aucune autre autorité supérieure, lui permettant de suspendre le droit et les règles qu’il a lui-même instaurés. La souveraineté étatique est donc marquée selon l’auteur par quatre dimensions importantes, la suprématie, la perpétuité, le décisionnisme (fait de faire reposer tout un ensemble de normes sur une pure décision d’autorité hors de toute rationalité) et l’absoluité. Or ces critères sont actuellement mis à mal par la globalisation, par l’accroissement des flux internationaux de personnes, de capitaux, d’idées, ébranlant par conséquent la structure de la souveraineté.

Mais l’auteur note clairement que si la souveraineté de l’État s’est amenuisée, ni la souveraineté ni l’État n’ont disparu pour autant, c’est plutôt leur dissociation qui semble apparaitre. Les États perdurent en tant qu’acteurs non souverains, et la souveraineté se déploie alors dans deux domaines transnationaux, l’économie politique et la violence religieuse. Ces derniers se positionnant en effet au dessus d’un droit international ou d’un quelconque ordre juridique, caractéristique de la souveraineté. L’objectif principal de cet essai est de montrer que contrairement à certaines idées reçues, les murs actuels "marquent moins la résurgence, en pleine modernité tardive, de la souveraineté de l’État-nation, qu’ils ne sont des icônes de son érosion".
Afin de comprendre son hypothèse, l’auteur juge pertinent de s’attarder sur les théories de la "propriété". Citant Locke et Schmitt selon qui "la clôture (et par conséquent la propriété) constitue la condition préalable de l’ordre politique et du droit", l’auteur montre que la philosophie s’évertue depuis longtemps à révéler l’importance de la "limite" et de l’appropriation dans la constitution des États-nations et de l’ordre politique. Car la clôture construit la séparation entre l’espace souverain et l’espace ordinaire, "la ligne de démarcation forme la base de la constitution et du pouvoir constitué sur le plan intérieur, ainsi que le seuil au-delà duquel la loi perd toute validité". C’est ce schème, nous démontre l’auteur, qui a contribué à légitimer la violence au-delà d’un espace autre ainsi que la "conquête coloniale originelle et la violence employée par les colons pour défendre leur colonies". Ce détour théorique permet ainsi à l’auteur de démontrer que la "souveraineté est née de l’établissement d’une séparation concrète entre un espace donné et celui du commun". Ayant ainsi posé les jalons de sa réflexion, l’auteur étudie alors les murs dans leur réalité spatiale. Évoquant de multiples exemples à travers le monde, l’auteur limite ensuite volontairement son analyse aux deux plus connus, la "barrière de sécurité israélienne" et la "barrière frontalière" américaine.

Titre du livre : Murs. Les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique
Auteur : Wendy Brown
Éditeur : Les prairies ordinaires
Nom du traducteur : Nicolas Vieillescazes
Collection : Penser/croiser
Date de publication : 05/11/09
N° ISBN : 2350960080
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