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Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme

Mike Davis, sociologue, militant intarissable et passionné est un explorateur de la condition urbaine. Il s’est intéressé au cours de sa carrière à la métropole de Los Angeles ainsi qu’à l’expansion des bidonvilles urbains ou plus récemment à la particularité Dubaïote. Poursuivant sa quête de compréhension du phénomène urbain, Mike Davis nous livre à travers un essai original une analyse de l’après-ville, de la "ville morte". L’auteur interroge l’actuelle dialectique ville-nature. Selon diverses hypothèses de fin de l’homme, il imagine les possibilités de reconquête de la ville par les éléments naturels : "Quelle est la part sous-jacente effective de la nature urbaine hors du contrôle humain? La ville pourrait-elle être reconquise progressivement (ou de façon catastrophique) par son écologie originelle?". Ces questions, si elles apparaissent tardivement, n’en constituent pas moins le fil directeur de l’ouvrage. Afin d’y répondre, l’auteur fait appel à l’apport scientifique de biologistes, de naturalistes ainsi qu’à la littérature romanesque. Avant son analyse principale, il dévoile deux textes, l’un sur les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, l’autre sur l’imaginaire de la peur à New York. Ces deux textes assez différents de prime abord participent finalement à donner au lecteur des clés de compréhension des villes mortes, utiles pour aborder le dernier texte.
Le cadavre berlinois dans le placard de l’Utah
Le premier texte traite de la planification des bombardements des villes allemandes et japonaises. Dans ce chapitre, l’auteur révèle la construction en 1943 d’un "village allemand" dans le désert de l’Utah, reconstruction factice des quartiers berlinois d’une précision remarquable. C’est en ces lieux, en bombardant et reconstruisant plusieurs fois le bâti, que militaires et scientifiques alliés ont mis en œuvre des techniques de bombardement incendiaire d’une puissance dévastatrice absolue. Aidé d’une riche bibliographie et d’une argumentation historique détaillée, l’auteur nous montre également le déplacement de la stratégie de guerre menée par Churchill, d’un "bombardement de précision" vers un "bombardement de masse" clairement orienté vers les populations prolétaires afin de "marquer les esprits" et de pousser les populations les plus fragiles à se révolter contre les nazis. Au-delà de la dimension historique de cet épisode, Mike Davis explore une problématique qui lui est chère, la destruction de la ville par l’homme.
Les flammes de New York
Dans le second texte, mobilisant des extraits de La Guerre dans les airs de H.G. Wells, écrit en 1907, l’auteur nous plonge dans l’ambiance d’un New York détruit par les airs, bombardé par des zeppelins. Face à cet extrait littéraire, impossible de ne pas faire le lien avec les attentats qui frappèrent la ville un siècle plus tard. Se référant à certaines œuvres du début du XXè siècle tels que celles du peintre Orozco ou du poète Frederico Garcia Lorca, Mike Davis illustre la peur qui a continuellement alimenté l’imaginaire new-yorkais au cours du siècle. La vision de Lorca, dévoilée après le 'Mardi Noir' de Wall Street est effrayante d’anticipation sur le retour de bâton d’un capitalisme imposé- "les ambulances ramassaient des suicidés dont les mains étaient couvertes de bagues"- l’auteur voyant "les investisseurs ruinés se jetant par les fenêtres de leurs monstrueux buildings". Plus tard, l’industrie cinématographique a souvent mis en images des scénarii de destruction de la ville américaine par des phénomènes naturels, tempêtes, tremblements de terre ou autres inondations. Or selon l’auteur, la structure profonde de cette peur américaine proviendrait de la mise à distance de la nature. Inspiré par la pensée d’Ersnt Bloch, philosophe allemand, il montre en effet que le citadin s’est progressivement, au cours du siècle dernier, mis à avoir peur des forces naturelles, des potentialités destructrices de la nature. D’après lui, au sein de la grande ville américaine, "la quête de l’utopie bourgeoise d’un environnement totalement sûr et calculable a paradoxalement engendré un sentiment d’insécurité radicale".
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