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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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La fiction battue en brèche, ou l'affaire Jan Karski
[mardi 26 janvier 2010 - 20:00]
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Claude Lanzmann préfère les grands récits historiques à la désinvolture de la littérature. Il vient d'accabler Yannick Haenel de tous les maux pour avoir étendu le champ de la fiction aux territoires protégés de la mémoire historique dans son roman à succès, Jan Karski, publié en septembre 2009 par Gallimard. Dans un article du numéro 666 de Marianne, il l’accuse de falsifier l’histoire en étalant des contre-vérités sur le personnage de Jan Karski, ce résistant polonais en mission pour le gouvernement polonais en exil durant la Seconde Guerre mondiale, qui tenta d’alerter les forces alliées du crime atroce perpétré par les nazis sous leurs yeux. " Yannick Haenel est sans doute trop jeune pour savoir que le plus grand des hommes peut avoir plusieurs visages, être double ou triple ou plus encore et son Karski inventé est tristement linéaire, emphatique donc, et finalement faux de part en part ", affirme Lanzmann  . Ce dernier dénonce avant tout chez Haenel la tendance conformiste à épouser une vision rétrospective moralisatrice des événements qui tombe facilement dans la dénonciation de tous ceux qui n'ont rien fait pour sauver les juifs. " Les juifs d'Europe n'ont pas été sauvés. Auraient-ils pu l'être? Ceux, qui, péremptoires, répondent aujourd'hui " oui " ne sont-ils pas eux aussi des lecteurs tâtonnants de leur propre temps? Leur sagacité et leur moralisme rétroactifs sont peut-être l'avers d'un aveuglement constitutif sur ce qu'ils prétendent accomplir. "

La scène du documentaire Shoah (1985)- réalisé par Claude Lanzmann et largement reconnu comme l’œuvre maîtresse sur le sujet- où l’on voit Karski, pris de crises d’hystérie, se précipiter hors du champ de la caméra pour ne pas montrer l’angoisse qui l’assaille au moment où il tente de mettre des mots sur ce qu’il a vu dans le ghetto de Varsovie, reste gravée dans la mémoire de tout spectateur. Dans ce passage, Karski décrit en détails ce qu’il a pu voir lors de ses incursions dans le ghetto mais le récit des suites de sa mission, qui l’amena à rencontrer les hommes aux fonctions politiques les plus importantes, dont le président américain Franklin D. Roosevelt, est largement occulté dans la version finale du film. Lanzmann dénonce " la description haineuse et vulgaire du "roman" de Yannick Haenel" de l'entrevue entre le président américain et Jan Karski. Il ne comprend pas qu'on puisse s'approprier la parole de cet homme et le film qui a contribué à rendre son histoire illustre. Selon lui, les deux premières parties du roman, qui relatent cette scène bouleversante de Shoah ainsi que le récit autobiographique de Karski, Story of a Secret State, ne sont rien moins qu'un " plagiat ".

 

Claude Lanzmann prétend qu’en imaginant cette part de l’action de Karski dans la troisième partie de son roman, Haenel a fait œuvre de faussaire et négligé la nature véritable de la réception du message de Karski. Il serait donc allé trop loin en mettant en scène l’accueil hostile du résistant polonais par l’administration américaine de l’époque. Là où on accusait Lanzmann de présenter la seule facette antisémite des Polonais pendant la guerre dans son documentaire, Haenel est lui accusé de montrer les Américains sous un jour trop défavorable au seul profit de la figure héroïque de Karski.

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5 commentaires

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manjacostel

29/01/10 22:32
En revoyant le film de Lanzman sur Arte, outre l'horreur , il se trouve qu'il est difficile de comprendre l'extermination. Cette extermination n'a pas de fondement visible. Comment l'expliquer ? malgré une propagande tenace?
Le juif ne se distingue pas physiquement des populations. Il n'est donc pas possible de l'isoler clairement comme élément étranger. Il n'y a pas de caracteristiques raciales particulières. Le juif n'a pas le nez crochu. Il peut être blond , avoir les yeux bleus.... etc...
Le juif s'est parfaitement adapté aux conditions imposées par des siècles de morale chretienne. Il est cantonné dans certains metiers où il excelle.
Qu'on le retourne dans tous les sens , il n'y a pas de clé.
Au bout du compte :
Il s'agit de piller une population qui se signale par un taux de réussite élévée mais aussi un fort esprit "révolutionnaire".
Si l'on pense qu'Hitler est une machine de guerre dirigée, fomentée, contre le bolchevisme ? Car les juifs ont adhérés très nombreux au parti communiste , qu'ils en sont les animateurs , les penseurs, pour ne pas dire les fondateurs; il devient logique de penser que l'extermination hitlerienne a rejoint les inquiétudes des propriétaires du monde , des investisseurs, des financiers ... Qui savaient dès 1942, et peut être avant que le nazisme serait vaincu....
On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs . Les juifs ont servi d'exemple...
Qui ignore encore que la papauté soutenait Hitler , Mussolini, Franco. Qui ignore que Petain a écrit à Franco pour lui demander, quand il écrasa les républicains (on ignore toujours avec quels soutiens) c'est à dire les bolcheviques e les anarchistes espagnols , qu'il se devait d'aider Hitler à l'est.
Dans cette approche, (je n'en vois pas d'autre) , on peut trouver un début d'explication , à l'extermination des juifs d'Europe . Car les juifs étaient et sont encore le terreau de la fermentation intellectuelle. En 1930 les "mecènes" d'Hitler ont compris que les juifs conduisaient l'Europe à la révolution.
C'est une leçon effrayante , elle fixe à jamais les limites de nos rêves d'émancipations.
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Stalker

28/01/10 20:44
Une pièce supplémentaire au dossier :
http://stalker.hautetfort.com/archive/2010/01/27/bons-baisers-de-pologne-yannick-haenel.html
Cordialement.
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Serge ULESKI

28/01/10 12:44
Lanzmann s’est toujours contenté d’une Pologne dans laquelle il n’y a rien à sauver, selon lui, une Pologne* retorse sous l’URSS, muette dans l’Europe, - et d'une Allemagne moralement à genoux, repentante à souhait, même si économiquement elle n’en fait qu’à sa tête.

Une Pologne bouc émissaire dans l’entreprise de condamnation et de culpabilisation de l’Europe au sujet de son antisémitisme, en échange d’une immunité pour les Etats-Unis devenus depuis la fin des années 60 le bailleur de fonds d’Israël, une fois l’Europe muselée, interdite de parole critique quant à la politique scélérate de cet Etat vis à vis des palestiniens.

Haenel brise ce consensus (tabou ?) en plaçant les Etats-Unis sur le banc des accusés de l'antisémitisme (à moins que ce tabou ait été transgressé à dessein, avec le soutien de ceux qui l'ont entretenu, contre l'Amérique d'Obama, à titre préventif ?!).

Car enfin...

Secret de Polichinelle l’indifférence des Etats-Unis face aux menaces d’extermination des juifs d’Europe (et pas seulement sur cette question !) Mais il est vrai que cela va toujours tellement plus mal en le disant !

Lanzmann qui a un grand, un très très grand souci d’Israël ne peut que s’en désoler, confronté à une génération ignorante des enjeux géopolitiques qui se cachaient et se cachent aujourd’hui encore, derrière cette immunité accordée aux USA et une Pologne bouc émissaire pour expier les crimes antisémites d'une Europe qui s'étend de Brest à Vladivostok.

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Anonyme

28/01/10 05:57
Si, comme le dit très justement Haenel au-delà des réflexes de propriétaire manifestement surjoués d'un Lanzmann, "le recours à la fiction (…) est ici nécessaire parce que (…) les historiens sont impuissants face au silence", comment peut-il en même temps récuser les critiques (notamment historiques) quand il s’aventure sur ce terrain avec un évident ordre du jour idéologique?

Echantillons:

Dans le livre lui-même:

"C’est en connaissance de cause qu’ils n’ont pas cherché à arrêter l’extermination des juifs d’Europe. Peut-être à leurs yeux ne fallait-il pas qu’on puisse l’arrêter? Peut-être ne fallait-il pas que les juifs d’Europe soient sauvés?"

"J’avais affronté la violence nazie, j’avais subi la violence des Soviétiques, et voici que de manière inattendue, je faisais connaissance avec l’insidieuse violence américaine (…) En sortant ce soir-là (…), j’ai pensé qu’à la violence du totalitarisme allait se substituer cette violence-là, une violence diffuse, civilisée, une violence si propre qu’en toutes circonstances, le beau mot de démocratie saurait la maquiller."

[le procès de Nuremberg] "savamment orchestré par les Américains, n’a jamais été qu’un masquage pour ne pas évoquer la question de la complicité des alliés dans l’extermination des Juifs d’Europe. (…) Il n’y a pas eu de vainqueurs en 1945. Il n’y a eu que des complices et des menteurs."

Comme dans les interviews:

"Je crois que Karski, par ses contacts avec la haute-administration américaine dans les derniers mois de la guerre, a compris des vérités sur ce qu’allaient être les temps modernes, le monde de l’après-1945."

http://jcdurbant.wordpress.com/2010/01/27/anti-americanisme-apres-la-violence-nazie-et-sovietique-l%e2%80%99insidieuse-violence-americaine-after-d-day-rapists-and-hiroshima-french-bestseller-blames-americans-for-auschwitz/
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Serge ULESKI

27/01/10 22:16
___________Haenel, Sollers, Karski, Lanzmann and Co


Au sujet de l'ouvrage de Yannick Haenel et de la polémique que Claude Lanzmann semble vouloir lancer contre son auteur, six mois après sa sortie chez Gallimard - ouvrage consacré à Jan Karski, héros de la résistance polonaise qui aura vainement alerté les alliés sur les risques d’extermination des juifs d’Europe...



On mentionne la thèse suivante : les Alliés (USA et Grande Bretagne) ont été complices de la Shoah en ne faisant rien. Aussi, l’attitude des Américains ressemblerait fort à un crime pour non-assistance ; crime à la racine duquel l’on trouvera un « antisémitisme d’État », avéré : du point de vue des Américains, il était heureux que les nazis exterminent les Juifs.



L’auteur réfute l’idée de thèse et parle de fiction, d'œuvre d’imagination. Quant aux liens entre la fiction et l’Histoire...



Gratuite et stérile, cette affirmaton fictionnelle ! Téméraire mais guère courageuse cette gaffe en forme de thèse .appuyée par un éditeur, Sollers en l’occurrence, pas mécontent de mécontenter ceux qui pensaient l’avoir comme allié… et pour que l’on ne l’oublie pas entre deux publications.



Avec cette affirmation d’écrivain attaché à la fiction dans des faits qui touchent à l’Histoire, et alors que le parti pris de l’auteur ne nous sera d’aucun enseignement soit historique soit humain, on parle de l’idée que le monde civilisé s’est opposé au régime Nazi en traînant les pieds.



D’aucuns aimeraient en appeler à la controverse intellectuelle alors qu’il n’y a rien d’intellectuel dans ce livre consacré à Jan Karski ; ouvrage derrière lequel se cachent un auteur et des opinions qui sont les siennes ; opinions qu’il peine manifestement à assumer…



Et pour cause…



Comment ne pas y voir chez cet auteur qui appartient à une génération gâtée - génération reine auquelle l’on a donné à téter un biberon qui porte le nom de « Shoah », référence au documentaire de Lanzmann -, une tendance plus que récurrente et que le procès Fofana a mis en lumière : une hyper-exacerbation identitaire arrivée à son paroxysme chez Haenel ; exacerbation longuement mûrie, cajolée et entretenue par des élites intellectuelles de la génération précédente concernées par cette même identité.



En effet, difficile de ne pas entendre hurler chez Haenel un " Tous contre nous, ils auront été : tous, sans exception ! Seuls nous étions, seuls nous demeurons ! Tous pourris ! "



Comprenez : tous anti-sémites !



***



Disons les choses : Haenel, c’est Lanzmann à qui l’on coupe l’herbe sous le pied ; un Lanzmann relégué au rang de Fanfan la tulipe de la Shoah.



Nombreux sont sans doute ceux qui l’ont rêvé ; et Haenel l’a fait : le crime de tous les crimes doublé d'une trahison de toutes les trahisons cette non-assistance à un peuple en danger de mort ! Coup de poignard dans le dos de la part de deux alliés que l’on disait irréprochables : après l’Allemagne, la Pologne, le régime de Pétain, l’Europe incurablement antisémite, arrivent alors les USA et la Grande Bretagne.




Même Lanzmann n’aurait pas osé. Et c’est bien là ce qui le perturbe car, Haenel ne s’en prend-il pas au bailleur de fonds de l’Etat d’Israël ?



Aussi, on pourra aisément l’entendre vociférer à l’endroit de cet auteur : « Quel petit c…. ! »



De mauvaises langues affirmeront que cette fausse polémique permet de remettre un peu de carburant dans le moteur de la « Shoah » qui s’essoufflait dans les montées et qui s’emballait dans les descentes, privée de frein-moteur, sous l’impulsion d’une nouvelle génération pris dans le piège de la surenchère et qui choisit, un rien iconoclaste, de cibler un pays, celui sans lequel plus rien n’est possible, ou bien… si peu mais certainement pas ce dont on n’a pu rêver de longue date et de longue haleine : les USA…



Lanzmann s’ étant toujours contenté d’une Pologne dans laquelle il n’y a rien à sauver, selon lui, une Pologne retorse sous l’URSS, muette dans l’Europe, et d'une Allemagne moralement à genoux, repentante à souhait, même si économiquement elle n’en fait qu’à sa tête.



In fine, beaucoup de bruit pour pas grand-chose cet ouvrage et la polémique qui oppose Haenel et Lanzmann, avec, pour s’en faire l’écho - la polémique, même à bon compte, fait toujours recette -, quelques littéraires complaisants et opportunistes, quand on sait qu’aucune nouvelle « vérité » historique ne sortira de cette confrontation factice ; et sur le plan littéraire, on n’y aura trouvé aucune écriture digne de ce nom… dans le dernier ouvrage de Haenel.


Aussi…



Perdant pour perdant…



C'est encore la littérature qui fait les frais d'une recherche effrénée de publicité, et que l'on passe à la trappe.

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