Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
La ville se meurt
[vendredi 08 janvier 2010 - 11:00]
Politique de la ville
Couverture ouvrage
Dead Cities
Mike Davis
Éditeur : Les prairies ordinaires
137 pages / 11,40 € sur
Résumé : Porté par une écriture agréable et synthétique, reliant la sociologie à l’écologie, cet essai ouvre une réflexion pertinente et originale sur les rapports ville-nature et sur l’écosystème des villes mortes.
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Prolongeant sa réflexion des écosystèmes urbains à la société, il évoque l’abandon massif par les promoteurs immobiliers au cours des années 1980 et 1990 d’immeubles de certains quartiers des villes américaines. Or cet abandon a progressivement amené des immeubles entiers à leur stade terminal de décombres, incitant ainsi l’auteur à évoquer une "géomorphologie du ghetto". Avec la désertification de certains quartiers comme le Bronx, les élites blanches ont fui vers les faubourgs, la "géographie de la pauvreté est devenue hautement instable" et a eu un impact considérable sur la santé publique et l’écologie des maladies, en augmentant le taux d’addiction à l’héroïne et la propagation épidémique du VIH. Selon les sources de Mike Davis, les nouveaux ghettos et leur pauvreté ségréguée non seulement propageraient les maladies mais augmenteraient également leur virulence. Cette vision globale de la ségrégation urbaine a le mérite de mettre en lumière des enjeux écologiques, rarement mis en avant, qui y sont pourtant profondément liés.


Porté par une écriture agréable et synthétique, reliant la sociologie à l’écologie, cet essai ouvre une réflexion pertinente et originale sur les rapports ville-nature et sur l’écosystème des villes mortes. Sous des propos aux relents parfois prophétiques-inéluctablement puisqu’il construit son travail sur la fin de l’homme- Mike Davis parvient à éviter les écueils d’un exercice qui pourrait s’installer dans la pure prospective. Si cette réflexion semble parfois se disperser dans diverses directions, l’auteur finit par réunifier l’ensemble des pistes tracées pour en faire un ouvrage cohérent et convaincre le lecteur de l’importance qu’émerge une nouvelle écologie urbaine. Certains traduiront cette analyse comme une marque de défaitisme de la part de l’auteur, nous y verrons davantage une réflexion nécessaire pour reprendre conscience du rapport de l’homme à son environnement. Et comme un nouvel avertissement à humaniser la ville sous peine de voir le cauchemar de Ruskin se réaliser, celui d’une "métropole tuée par ses propres toxines".
 

A lire aussi sur nonfiction.fr:

- 'Mike Davis et son public rêvent-ils de moutons marxistes?', par Mathieu Fonvieille.

- Mike Davis, Le stade Dubaï du capitalisme, par Xavier Desjardins.

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