Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Qui l’ignore encore? Des enjeux mémoriels plus qu’historiques ou historiographiques gouvernent désormais les politiques de publication des éditeurs, ce qui vaut au lecteur curieux d’heureuses surprises, au hasard des tables des libraires. La réédition d’une biographie de Jean-Louis Bory par le journaliste Daniel Garcia est à verser au chapitre de ces joies inattendues. De l’écrivain et critique disparu en juin 1979, la mémoire mérite en effet d’être cultivée. Sa signature se retrouve dans des magazines dont l’histoire a pris valeur d’épopée, comme L’Express des années 50, Le Nouvel Observateur lancé autour de Jean Daniel en novembre 1964, ou encore Arts, où il succéda comme critique de cinéma à François Truffaut. Mais l’auteur de Mon village à l’heure allemande qui reçut le prix Goncourt en décembre 1945, s’illustra plus encore, pour le grand public, dans les joutes radiophoniques qui l’opposaient à Georges Charensol sous la raison sociale du Masque et la plume. Le nom de Jean-Louis Bory renvoie enfin à l’écho médiatique que reçurent les combats pour la reconnaissance du droit à la différence ou à l’indifférence pour les homosexuels ; combats conduits dans les années 70 par des mouvements comme Arcadie, le Front homosexuel d’action révolutionnaire (Fhar) ou le Groupe de libération homosexuelle . Jean-Louis Bory n’admit-il pas publiquement son homosexualité dans une démarche qu’on peut considérer comme militante, lors de l’émission radiophonique " Campus " en 1970, puis dans un article publié par le magazine Accord en 1972, sous ce titre : " Oui, je suis homosexuel "?
Au-delà de l’intérêt qu’inspire le personnage, son existence se présente comme un point de rencontre entre histoire des intellectuels, histoire des media et histoire du genre. L’absence de travail éditorial autour de la biographie de Daniel Garcia, republiée sans correction 18 ans après sa première parution, en est d’autant plus regrettable. Ce défaut gêne la lecture, notamment quand l’auteur livre un propos daté sur l’insuccès de la Gay pride en France .
Auteur : Daniel Garcia
Éditeur : Flammarion
Collection : grandes biographies
Date de publication : 04/11/09
N° ISBN : 2080663933
2 commentaires
David Valence
Vous parlez de "rigueur". Le livre de Daniel Garcia n'a guère de prétention scientifique, comme je le laisse entendre dès le début de mon papier. Son ambition est plus "mémorielle" et il représente en ce sens un point d'étape (ou plutôt de départ) des recherches possibles sur une figure des années 60-70.
Antoine
Je me suis surtout intéressé au chapitre sur l'homosexualité de Bory et certains points sur surprenants (je les cite de mémoire) :
- il y a beaucoup de préjugés dans la description d'Arcadie qui semblent uniquement s'appuyer sur un article de Gai Pied de 1989 (!) : Arcadie est grosso-modo présentée comme quelque chose de réactionnaire qui n'aurait rien compris ;
- le rôle de Gai Pied dans l'épidémie du Sida est présentée de manière laudatrice...
Certes, c'est explicable par la première parution il y a quelques années (il n'y avait rien sur Arcadie, ni le recul sur le SIDA), mais quelques corrections avant rééditions auraient été bienvenues. D'autant que ça jette le doute sur la superficiliaté des autres analyses...