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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Quand tombe le masque, reste la plume
[mercredi 30 décembre 2009 - 01:00]
Gender studies
Couverture ouvrage
Jean-Louis Bory, 1919-1979
Daniel Garcia
Éditeur : Flammarion
261 pages / 17,10 € sur
Résumé : Une biographie " empathique " de Jean-Louis Bory.
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Un militant tardif de la cause homosexuelle

De tous les combats auxquels il s’associa en apposant sa signature au bas d’un appel, d’un manifeste ou d’une pétition, le grand public retint surtout l’engagement en faveur des droits des homosexuels. La biographie de Jean-Louis Bory éclaire du reste sur ce que pouvait être la vie d’un "homme qui aimait les hommes" dans la France de l’après-guerre. Difficile néanmoins de considérer sa vie comme exemplaire  à cet égard. Le jeune adolescent connaît ses premières expériences amoureuses avec des garçons au lycée d’Etampes, dans une atmosphère très éloignée des Amitiés particulières  . Il a surtout la chance de rencontrer très tôt une oreille bienveillante chez son professeur de français et de latin, Alain Bourgeois. Cet enseignant, qui devait appartenir à l’équipe des collaborateurs de la revue Arcadie  après la Deuxième Guerre mondiale, proposa alors au jeune Jean-Louis Bory une manière de programme de lectures en forme d’invite à l’acceptation de soi. Il s’agissait là d’une chance que beaucoup d’homosexuels ne connaissaient – et ne connaissent – pas. La vie privée de Jean-Louis Bory, que rythment des relations de durées longue ou moyenne et où la sexualité est vécue de manière épanouie, confirme l’impression que cet homosexuel-là a assumé sa différence d’une manière très favorable et presque confortable pour l’époque. Entouré d’amis ou de relations qui "partageaient ses goûts", il évoluait dans un milieu où les plus conservateurs – Maurice Genevoix ou Paul Morand par exemple, qui furent ses amis – s’en accommodaient tant bien que mal. Pourquoi, dès lors, verser dans un "militantisme" qui ne rencontrait pas encore l’évolution de la société quant aux mœurs ? Il se tint à sage distance d’Arcadie, revue créée par André Baudry à la fin 1953, et qui défendait en France un programme "réformiste" et "assimilationniste", autour de l’idée que les relations entre individus de même sexe dépassent le seul aspect sexuel  ". Jean-Louis Bory ne chercha pas non plus à se rapprocher de "glorieux aînés" qui, à l’instar de Marcel Jouhandeau ou Henry de Montherlant, vivaient leur homosexualité comme un autre nom du péché.

Son engagement en faveur de la "cause homosexuelle" ne prit forme qu’au lendemain de la crise de mai 1968. Jean-Louis Bory s’imposa alors progressivement comme une "figure" militante, quelque part entre des précurseurs prudents comme André Baudry ou de jeunes penseurs comme Guy Hocquenghem. Il semble avoir été à l’origine de la formule sur "le droit à l’indifférence" pour les homosexuels et regardait le discours volontairement "subversif" du Front homosexuel d’action révolutionnaire (Fhar) avec un mélange de méfiance et d’amusement. L’attitude de Jean-Louis Bory dans les années 70 correspondait en réalité à un moment de l’histoire des homosexuels en France, où les coming out publics promettaient de faire avancer "la cause". Le"gauchisme culturel" porté entre autres par le quotidien Libération mettait en outre l’accent sur les liens entre vies privée et publique : c’est dans ce contexte que Jean-Louis Bory endossa les habits d’un héraut –et non d’un héros- de la cause des homosexuels.

Un livre utile

Dans une biographie nourrie par l’empathie, Daniel Garcia retrace donc l’existence d’un intellectuel médiatique que sa drôlerie et sa culture avaient imposé auprès du grand public, et qui accepta de tenir le rôle d’"homosexuel de service" dans nombre de débats des années 1970. A l’image de son personnage principal, ce livre aux analyses parfois superficielles finit par emporter l’adhésion et, plus encore, la sympathie..

 

* A lire aussi sur nonfiction.fr:

- Julian Jackson, Arcadie. La vie homosexuelle en France de l'après-guerre à la dépénalisation (Autrement), par Emmanuelle Loyer.

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2 commentaires

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David Valence

06/01/10 09:34
Vous avez entièrement raison pour ce qui est de l'actualisation du livre, comme je le précise du reste au début du compte-rendu. Aucun ajout n'a été opéré dans cette biographie, ce qui lui donne un aspect très "daté" à certains moments. En particulier pour "Arcadie", et c'est la raison pour laquelle je reviens sur le livre très neuf de Julian Jackson sur le sujet.

Vous parlez de "rigueur". Le livre de Daniel Garcia n'a guère de prétention scientifique, comme je le laisse entendre dès le début de mon papier. Son ambition est plus "mémorielle" et il représente en ce sens un point d'étape (ou plutôt de départ) des recherches possibles sur une figure des années 60-70.
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Antoine

04/01/10 14:31
J'ai feuilleté rapidement le livre dans une librairie et j'ai eu quelques doutes sur la rigueur de Daniel Garcia.

Je me suis surtout intéressé au chapitre sur l'homosexualité de Bory et certains points sur surprenants (je les cite de mémoire) :

- il y a beaucoup de préjugés dans la description d'Arcadie qui semblent uniquement s'appuyer sur un article de Gai Pied de 1989 (!) : Arcadie est grosso-modo présentée comme quelque chose de réactionnaire qui n'aurait rien compris ;

- le rôle de Gai Pied dans l'épidémie du Sida est présentée de manière laudatrice...

Certes, c'est explicable par la première parution il y a quelques années (il n'y avait rien sur Arcadie, ni le recul sur le SIDA), mais quelques corrections avant rééditions auraient été bienvenues. D'autant que ça jette le doute sur la superficiliaté des autres analyses...

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