On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L'histoire de la cour de Versailles au XVIIe siècle n'est plus à faire : les ouvrages relatifs à la société de cour au temps de Louis XIV, dans le cadre du plus célèbre palais d'Europe, sont légion, avec en particulier quelques études récentes de belle qualité. Ainsi, des approches relevant de l'anthropologie historique, comme celles de Mathieu Da Vinha il y a peu , font mieux comprendre l'essence d'un lieu politique, au sens plein du terme – c'est-à-dire où toutes les dimensions participent de la célébration d'une véritable religion royale.
Louis XIV est quant à lui plus que jamais sur le devant de la scène, en témoigne l'actuelle politique du musée et du domaine public du château de Versailles, avec en particulier l'exposition « Louis XIV, l'homme et le roi » qui se tient ces jours-ci au château. C'est dire que cette période éclatante de Versailles fascine toujours l'homme du XXIe siècle. Mais il s'agit de ne pas se laisser éblouir par les éclats du passé.
En vérité, Patrick Dandrey n'ambitionne pas de faire l'histoire de la Cour de Louis XIV; c'est bien en spécialiste de la littérature française du Grand Siècle qu'il se positionne . Ici, c'est par le biais des écrivains du temps, à l'intersection de l'histoire littéraire et de l'histoire des représentations politiques et des pratiques curiales, que sera humée l'atmosphère de Versailles. A travers les écrits, il s'agit de donner à entendre une syntaxe, un vocabulaire, une musique, de décrypter, aussi, la portée des mots, la puissance du langage et de ses multiples significations. Ainsi, l'histoire de la cour de Louis XIV par la seule voix des écrivains de son temps n'avait jamais été tentée : elle apparaît particulièrement pertinente dès lors qu'on considère l'importance capitale que prend en cette seconde moitié de XVIIe siècle la langue – c'est à cette époque que l'Académie française entreprend de contrôler son usage, notamment grâce à la rédaction d'un dictionnaire sensé établir un état correct du français.
Cette langue, du reste, Patrick Dandrey en connaît excellemment les ressorts, les nuances, les subtilités. Son empathie avec le sujet auquel il s'attache apparaît aussi dans son recours à une écriture nourrie de la lecture de ces « classiques ». Une fois familiarisé avec la plume de l'auteur, fleurie et quelque peu précieuse, le lecteur peut goûter pleinement une analyse qui vaut par sa précision et sa finesse.
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