On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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Le château de Versailles : mythologie et lieu de mémoire
Versailles tient une place à part parmi les richesses historiques de la France. Il n'est qu'à voir les foules de touristes qui se pressent aux portes du palais, les sommes que les American Friends of Versailles sont prêts à débourser pour sa restauration, ou l'opiniâtreté avec laquelle des hommes politiques sur le retour cherchent à prendre la tête de l’établissement public qui en assure la gestion pour s’en convaincre.
C’est que le château de Versailles est devenu une "mythologie" au sens de Roland Barthes. Un "lieu de mémoire" où les représentations et le symbole tiennent autant, voire plus de place que la réalité. Au fil de ses près de quatre siècles d'histoire, il s'est trouvé au centre d'un grand nombre d'événements politiques, sociaux ou religieux. N’y voir que le palais du Roi Soleil, en négligeant la fin de l'Ancien Régime et toute la période contemporaine – c'est encore à Versailles que Sénat et Assemblée nationale se réunissent en Congrès de nos jours - serait une erreur. Et pourtant, c'est le Grand Siècle qui retient les attentions. Jusqu'à celle d’un architecte en chef des Monuments historiques qui décida récemment de reconstruire (au mépris de toutes les règles du patrimoine) une grille détruite il y a plus de deux siècles, à des fins d’intérêt touristique. L'histoire du château au XIXe siècle est ainsi niée – Louis XIV a vaincu Louis-Philippe !
Versailles avant Versailles
Cet attrait pour le Grand Siècle n'est pourtant pas déraisonnable. C'est à cette époque qu’en quelques dizaines d'années un roi décida de faire d'un petit relais de chasse le plus beau palais d'Europe, qui marqua l'histoire de l'art européen pour plusieurs siècles. Ce ne sont certes pas les ouvrages sur le château de Versailles qui manquent ; moins encore ceux sur l'époque de son plus grand lustre. Toutefois, loin de souffrir de la comparaison, le Versailles de Mathieu Da Vinha apporte du nouveau et prendra place au sein du petit cercle des livres de référence sur le sujet. Il s'agit d’abord d'un véritable travail de recherche et non, comme trop souvent, d'une compilation d'ouvrages plus anciens et de mémoires divers. L’approche proposée est originale car elle mêle histoire sociale – grâce à une attention très fine aux comportements de chacun replacés dans le contexte du Grand Siècle – et histoire administrative – par sa très bonne connaissance du fonctionnement du château, dans la lignée de travaux récents , sur la surintendance des bâtiments du roi.
Si le plan n'est pas d'une grande originalité, il a le mérite de la clarté. Dans une première partie, l'auteur traite des conditions de vie de l'ensemble des habitants de ce gigantesque ensemble. À l'origine simple résidence de plaisance de Louis XIII, le château grandit rapidement. La piccola casa dont parlait l'ambassadeur vénitien de 1624 ne fut rapidement plus d'actualité : le second château de Louis XIII (1631) n'était guère plus grand que le relais de chasse initial mais le jeune Louis XIV y amena sa femme après quatre mois de mariage et entreprit de lourds travaux pendant la décennie 1660, en réutilisant l'équipe qui avait travaillé pour Nicolas Fouquet à Vaux. La construction d'un château de grande taille était nécessaire aux besoins d'un nombre toujours plus grand de courtisans.
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