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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

On peut s’interroger sur le statut de la philosophie sociale en posant d’emblée la question suivante : de quels courants de pensée se différencie-t-elle ? D’une réflexion tendant, semble-t-il, à réhabiliter l’État de droit, l’humanisme philosophico-politique, et les idéaux politiques que Marx aurait qualifiés d’ "idéologiques" (destinés à masquer les antagonismes de classe) ce dont témoigne l’influence de La Théorie de la justice de John Rawls. Mais, souligne Franck Fischbach, rien n’autorise à réserver des analyses de type normatif à l’espace juridico-politique et à éluder cette même normativité quand il s’agit du social. Le retour à la philosophie politique classique n’est donc pas innocent. Volontairement polémique, Franck Fischbach soutient que les apologues des droits de l’homme ont fini par faire de l’État une peau de chagrin et de l’objectif de "sauver les banques" un impératif prioritaire. Le seul avantage de ce recours à une idéologie néo-libérale implicite, c’est que l’illusion justifiant l’installation du camp de Guantanamo et les guerres meurtrières en Irak - respectivement au nom du Droit et au nom du Bien - a fait son temps et engendré finalement le "réarmement contemporain de la critique sociale". Il n’est plus possible de prétendre scotomiser le marxisme ou de contester l’impact des sciences sociales sur le discours philosophique. Ainsi, l’interrogation sur une vie humainement acceptable devient aiguë, contre la tendance dépolitisée et dépolitisante à traiter techniquement des problèmes sociaux et politiques. Emmanuel Renault dans L’Expérience de l’injustice signalait déjà le divorce existant entre le langage politique et certaines expériences d’injustice sociale, et la difficulté, pour la philosophie elle-même, à penser l’expérience de l’injustice plus qu’à définir normativement la justice.
Quel impact les sciences sociales ont-elles sur la philosophie et comment cette dernière, à son tour, les féconde-t-elle ? Question dont l’approfondissement conduit à une définition possible de la "philosophie sociale", et dont l’École de Francfort, avec Max Horkheimer, avait fourni les prémisses. Il faut d’ailleurs remarquer que, stricto sensu, la philosophie sociale française n’existe pas, alors que le "Sozialphilosoph" n’est pas inconnu des Allemands. Axel Honneth, dans La Société du mépris, atteste pourtant du peu de visibilité de la philosophie sociale dans l’espace germanophone, supposée soit abriter toutes les spécialités orientées vers la pratique, soit servir de complément normatif à une sociologie qui procède empiriquement… Le terme, selon Franck Fischbach, n’a d’ailleurs pas bonne presse, y compris chez les sociologues, et se signale par son imprécision (il s’agirait d’une "vision sociale" des choses). On peut néanmoins identifier l’objet et la question cruciale que la philosophie sociale nous soumet et nous adresse : "Qu’est-ce qu’une vie mutilée, dégradée, aliénée ?", et non plus "Qu’est-ce qu’une vie réussie ?" Finalité redoublée par et dans l’œuvre d’Axel Honneth lorsqu’il déclare que cette nouvelle "théorie critique" a pour priorité de "définir et d’analyser les processus d’évolution de la société qui apparaissent comme des évolutions manquées ou des perturbations, c’est-à-dire des "pathologies du social" " (Ibidem).
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