Histoire
De Giscard à Sarkozy. Dans les coulisses de la Ve République
Roger Chinaud
Éditeur : L'Archipel
Approximations et imprécisions
Les mémoires de l’ancien député valent donc surtout pour le récit de ses années de formation. Dès qu’on passe à celles où il exerça de réelles responsabilités politiques, notamment comme président du groupe UDF à l’Assemblée nationale à la fin des années 1970, le ton se fait plus convenu. L’ouvrage se clôt sur une série de réflexions désordonnées et schématiques, même si la comparaison entre Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy pourra stimuler la plume des éditorialistes. Sans pécher par cuistrerie, on s’étonnera enfin des multiples erreurs ou coquilles qui rythment le récit de Roger Chinaud. L’ancien parlementaire écrit ainsi, à tort, que les gaullistes de l’Union pour la nouvelle République (UNR) disposaient de la majorité absolue à l’Assemblée nationale après les élections législatives de novembre 1958
. Il parle de « pleins pouvoirs » à propos des « pouvoirs spéciaux » accordés en février 1960 au Gouvernement pour ramener l’ordre en Algérie au lendemain de la semaine des barricades : cette maladresse du vocabulaire pourrait ouvrir la voie à bien des amalgames historiques ! Roger Chinaud retient le nombre d’un million de manifestants en faveur de De Gaulle le 30 mai 1968, alors que les historiens avancent désormais un chiffre compris entre 300.000 et un demi-million
. Décidément fâché avec les chiffres, Roger Chinaud rajeunit Michel Rocard de dix ans lorsqu’il évoque sa candidature à l’élection présidentielle de 1969
, situe l’accession d’Edgar Faure à la présidence de l’Assemblée nationale un an trop tard
, décrit Mitterrand en homme de « soixante-deux ans » en janvier 1981, alors que le futur chef de l’Etat était alors âgé de 64 ans et deux mois, et va jusqu’à confondre les municipales de 1983 et les législatives de 1986
! La mémoire de l’auteur, pourtant spécialiste de la carte électorale, lui fait même écrire que Jean-Louis Debré était maire d’Evreux en 1995, alors qu’il ne le devint que six ans plus tard
.
Tels quels, les souvenirs de Roger Chinaud ne déshonoreront certes pas les rayons des bibliothèques qui croulent sous les autobiographies d’hommes politiques. Ils y figureront dans la rangée des « seconds rôles de premier plan » : un Claude Bartolone, lieutenant de Laurent Fabius, aurait aujourd’hui sa place dans cette catégorie. Sera-ce suffisant pour assurer une notoriété « historiographique » à Roger Chinaud ? On en doute. A trop négliger de revenir en détail sur des épisodes pourtant passionnants de sa propre existence, l’intéressé semble accréditer une remarque que fit autrefois Angelo Rinaldi à propos des écrivains. Pour l’ancien critique littéraire de L’Express, « l’oubli où sombrent certains auteurs n’est pas toujours inexplicable
. Faut-il en dire autant des dirigeants politiques ?
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