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Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes.

Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Les idées sur le Web

Institut Kervegan
Un centre d’analyses et de réflexions de la société civile
Lendemains de défaite
[mercredi 25 novembre 2009 - 06:00]
Histoire
Couverture ouvrage
De Giscard à Sarkozy. Dans les coulisses de la Ve République
Roger Chinaud
Éditeur : L'Archipel
333 pages / 18,95 € sur
Résumé : Les mémoires d’un ancien lieutenant de VGE.
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Un pays étrange, mince bande de terre qui ne cesse de gagner de la superficie sur la mer et voit au contraire ses frontières terrestres rongées progressivement par un voisin plus puissant : c’est ainsi que l’histoire du temps présent s’inscrit sur la carte de la science historique. Les bornes en ont été posées par René Rémond. En amont, cette histoire se définit comme celle d’un temps dont la plupart des protagonistes sont encore vivants. La Seconde Guerre mondiale, la Libération et les débuts de la IVème République ne s’inscrivent ainsi plus dans les limites du temps présent. Leur annexion par « l’histoire contemporaine » semble définitive. En aval, l’histoire du temps présent conquiert des terres sur l’océan noir et confus de l’immédiat ou du très proche. Elle procède par poldérisation  , l’efficacité de cette stratégie hollandaise demeurant suspendue à l’accès aux archives –orales ou écrites.

Quand l’histoire du temps présent annexe les « années Giscard »

Plusieurs entreprises scientifiques récentes ont permis de planter ce drapeau de l’histoire du temps présent sur le septennat de Valéry Giscard d’Estaing  . Si l’accès aux papiers de l’ancien chef de l’Etat et de ses ministres demeure suspendu au bon vouloir des archives nationales, les acteurs de cette époque offrent désormais leur témoignage avec libéralité. La prudence qu’impose l’usage de ces « archives suscitées » ne doit pas se muer en soupçon systématique. Elles offrent en effet des éléments d’information irremplaçables pour saisir l’ambiance d’une époque. N’est-ce pas une des tâches essentielles de l’historien que de donner à comprendre un air du temps passé, de rendre intelligible les horizons d’attente de ses non-contemporains ?

Evaluées à cette aune, les années 1970 apparaissent, en France, comme une ère de transition. Les cadres –la gangue ?- de la société industrielle structurée par la morale bourgeoise s’y défaisaient pour laisser la place à une modernité radicalement autre, fascinante mais lourde d’incertitudes : la France de Giscard connaissait les débuts du chômage de masse et manifestait les premiers signes de fébrilité sur le terrain sécuritaire. On aurait certes tort de minimiser le caractère progressif des mutations qui affectent la société française des années 1970  . Mais les contemporains avaient conscience de voir s’opérer alors des bouleversements très profonds dans l’ordre des représentations comme des modes de vies. Les responsables politiques les plus avisés s’efforçaient de traduire ce sentiment dans des projets ou des mouvements. Jacques Chaban-Delmas parla de « Nouvelle Société » dans un discours fameux prononcé devant l’Assemblée nationale le 16 septembre 1969. Peu d’années plus tard, Jean-Jacques Servan-Schreiber prétendit mêler l’eau bénite de la démocratie chrétienne et l’eau croupie du vieux radicalisme dans un « Mouvement réformateur » qui offrirait au désir de changement et d’ouverture des Français un débouché raisonnable.

Nul mieux que Valéry Giscard d’Estaing ne sut portant transformer cette aspiration au changement en ressource politique. Le « premier Giscard », celui de la campagne de 1974, souhaitait décrisper le débat public et promouvoir une société libérale avancée. Son talent se confondait avec une intuition historique autant que sociologique : la France nouvelle aspirait à rompre avec un modèle républicain étouffant et rêvait d’une nouvelle démocratie. Le confort du pouvoir et plus encore, la crainte de le perdre, aveuglèrent pourtant cette lucidité chez Valéry Giscard d’Estaing après sa victoire aux élections présidentielles de 1974, cependant que la crise économique renvoyait la droite libérale à ses remèdes miracles d’alors : austérité et rigueur.

Titre du livre : De Giscard à Sarkozy. Dans les coulisses de la Ve République
Auteur : Roger Chinaud
Éditeur : L'Archipel
Date de publication : 12/11/09
N° ISBN : 2809802297
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