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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.



« La dictature hitlérienne a valeur de paradigme pour le XXe siècle » . Cette affirmation du célèbre biographe d’Hitler, Ian Kershaw, se vérifie quotidiennement dans les librairies et bibliothèques, 37 000 titres ayant été publiés sur le sujet . Rien que sur le camp d’Auschwitz, érigé en symbole de la barbarie nazie, on recense plus de 2 000 ouvrages . L’entreprise de mémoire et d’histoire sur le Troisième Reich semble désormais globalement achevée. C’est dire alors si le projet d’Evans apparaît à la fois vain et superflu à l’historien au premier regard : comment résumer un discours historique aussi riche en un seul ouvrage, sans que celui ci ne soit accusé de simplification ou d’opportunisme commercial ? C’est pourtant un pari réussi pour l’historien britannique qui défend ce projet de « biographie » du nazisme dès les premières pages de son livre, en insistant sur les faiblesses de l’histoire générale à grande échelle du nazisme. Selon lui, seuls trois ouvrages peuvent s’apparenter à ce projet d’histoire globale qu’il tente ici de mettre en œuvre : celui de Shirer , celui de Bracher et la biographie d’Hitler de Kershaw. Mais le premier lui semble trop caricatural, le second trop universitaire et le troisième n’aborde l’histoire du nazisme que par le prisme de son chef.
Rien ne prédisposait pourtant ce professeur d’histoire moderne de l’université de Cambridge à produire une telle somme. Tout comme Kershaw était originellement médiéviste, Evans est avant tout un spécialiste de l’histoire culturelle et sociale de l’Allemagne de la fin de l’époque moderne et du début de l’époque contemporaine. Ses premiers ouvrages ont ainsi traité de l’histoire du mouvement féministe ,de l’histoire de la mort ou encore de l’histoire sociale . Mais qu’est ce qui peut bien pousser les universitaires britanniques à tant d’intérêt pour le nazisme ? Peut-être justement un éloignement d’avec le sujet, du fait de la position du Royaume-Uni pendant la guerre, qui permet une approche plus sereine, plus distanciée à l’objet. Evans l’affirme d’ailleurs, il refuse toute perspective moraliste dans cette recherche historique, affirmant de façon claire que son but est la compréhension de l’époque, non son jugement. Cette posture s’émousse cependant quelque peu au fil de l’ouvrage, au détour de quelques phrases . Une autre explication de cet engouement peut s’expliquer par l’approche sociale et culturelle de ces historiens, qui commencèrent par s’intéresser aux phénomènes d’opinions, aux mentalités, dans la droite ligne de la révolution historiographique des années 1970. Si Evans est un grand pourfendeur du linguistic turn promu par Foucault et Derrida , il n’en est pas moins l’enfant de son époque que l’on retrouve dans sa démarche historique appliquée au nazisme. Trois principes guident ainsi l’écriture du livre. Il s’agit de mettre en œuvre une histoire narrative, qui réhabilite la modalité récitative de l’histoire, dans un récit centré autour des individus, le poids des acteurs étant aussi important que celui des structures. Ces deux piliers s’organisent autour d’un troisième, celui des mentalités - qui sont au centre de la synthèse d’Evans -, afin de donner à voir la diversité des visions du monde des Allemands.
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