On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le parti-pris de Robert Greenfield est de mettre fin aux nombreux mythes existant sur cette période pour retracer le plus exactement possible les événements de Nellcote. Il pointe surtout le rôle négatif et infernal des drogues dans l'enregistrement de l'album, précisant d'ailleurs qu'un tiers d'Exile on Main Street provient en fait de sessions précédentes, contemporaines de Let it Bleed ou Sticky Fingers, et que le mixage à Los Angeles fut considérablement compliqué par la mauvaise qualité des enregistrements français. Il mentionne et s'oppose volontiers aux récits écrits par les acteurs de l'époque, souvent de simples reconstructions des faits à leur propre gloire. Il recoupe tous les témoignages disponibles pour donner finalement une version acceptable et vraisemblable des faits. Mais le détective Greenfield veut également restituer au lecteur tout l'aspect dramatique de la vie à la villa ; il construit son récit comme une pièce de théâtre, présentant les personnages un par un et soulignant leurs tortueuses relationssouvent crues et déplorables, comme lors de l'expulsion de Gram Parsons de la villa ou quand il s’avère qu’Anita Pallenberg est à nouveau enceinte. Comme dans son précédent ouvrage sur le groupe, Greenfield excelle dans la peinture des relations entre les deux frères ennemis, Richards et Jagger : dès le début, le ton est donné sur la raison d'être du duo à Nellcote : «Sans l'aide de son meilleur ami et co-auteur de chansons Mick, qui l'a déjà trahi avec la femme qu'il aime, Keith ne peut que terminer le nouvel album sur lequel travaillent les Stones. Sans l'album, les Stones ne peuvent pas tourner en Amérique. Sans l'argent qu'ils vont gagner là-bas, ils ne peuvent pas survivre en tant que groupe. En dépit de tout ce que Mick lui a déjà fait et lui refera bientôt, Keith doit trouver un moyen de cohabiter avec lui. » (p.25)
L'écriture est minutieuse, belle et sévère, remarquablement rendue par la traduction de Philippe Paringaux (il fallait bien un spécialiste du rock pour traduire un ouvrage dont les phrases sont truffées de référence à des titres de morceaux...), et laisse peu de place au rêve, à l'imaginaire facile et excitant du mythe rock'n roll. On y parle finalement peu de musique, surtout d'insouciance, de cruauté, de bêtise, de mépris, de mort et de gâchis. Un tableau sombre dévoilé cet été 1971 à Nellcote, au sein duquel Keith Richards trouvait pourtant la force de composer « Happy ». Une certaine idée de l'enfer![]()
1 commentaire
anotherbyrd
Merci de citer Gram Parsons, on a trop tendance à oublier ce garçon qui a composer avec Richards le sublime "Wild Horse" (crédité Jagger-Richards...) et qui est mort en 1973 à l'age de 26 ans.