On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Disons-le d’emblée, Transnational Archipelago apporte au lecteur des éléments importants pour saisir la complexité des migrations internationales ou "transnationales" comme la littérature spécialisée tend de plus en plus à qualifier le phénomène. Fruit d’un colloque organisé en avril 2005 au Centre des Études d’Anthropologie Sociale à l’Instituto Superior de Ciencias de Trabalho e da Empresa (ISCTE) de Lisbonne, l’ouvrage rassemble une vingtaine d’articles touchant à l’économie de la migration, aux déterminants psychologiques du "désir d’ailleurs", aux pratiques artistiques (photographie et musique) au Cap-Vert et dans la diaspora, à la sociologie de la famille émigrée, etc. Malgré la qualité des papiers, il faut simplement remarquer et regretter avec les coordonnateurs – les socio-anthropologues Luis Batalha et Jorgen Carling – l’absence de chercheurs Cap-Verdiens parmi les contributeurs.
L’ouvrage est organisé en deux sections. La première passe en revue la situation de la diaspora cap-verdienne aux États-Unis, en Argentine, à Sao Tomé-et-Principe, en Argentine, au Portugal, en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Suède. Ce tableau dressé sous forme de portraits par les différents auteurs permet, à travers un intérêt pour les migrants dans leurs rapports intergénérationnels d’une part, et le lien avec l’archipel d’origine de l’autre, d’avoir une vue assez nuancée du phénomène migratoire Cap-Verdien de par le monde. La deuxième section, intitulée "Migration and Transnationalism", se rapproche davantage d’une socio-anthropologie du phénomène migratoire avec onze contributions qui se placent sur une historicité longue qui va des débuts de la migration cap-verdienne et de la pêche à la baleine à la formation de l’identité à l’ère de l’internet.
La colonisation initiale de l’archipel s’est faite vers 1460 par une poignée de Portugais, d’Espagnols et de Génois qui en firent un espace de transit important dans la traite des esclaves et le commerce atlantique. Cette colonisation s’est développée dans le sens d’une économie de plantation reliée aux Indes occidentales. Plus tard la population, comme par atavisme, fera preuve d’un désir de mobilité très fort puisque les communautés de la diaspora cap-verdienne sont à ce jour présentes sur tous les continents comme en attestent les différentes études de cas, qui d’ailleurs n’épuisent pas la réalité du phénomène puisque certaines communautés importantes comme celle de Dakar au Sénégal ne sont pas analysées.
Une particularité de la diaspora cap-verdienne est que les migrants se sont longtemps plus identifiés à leur île d’appartenance – l’archipel en compte 10 réparties en deux grands ensembles, les îles de Sotavento au sud et celles de Barlavento au Nord – ou à l’ancienne puissance coloniale qu’à la nation elle-même. Les ressorts de ce phénomène résident en partie dans l’indépendance tardive du pays (en 1975), dans le faible niveau d'intégration du pays par les moyens de communication, et probablement aussi dans le fait que le processus de construction étatique de l’imaginaire national est encore en cours.
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