Rédacteur

critique à Nonfiction

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
L'expérience sociale de la maladie mentale
[samedi 28 mars 2009 - 22:00]
Sociologie
Couverture ouvrage
Le quotidien de la psychiatrie : sociologie de la maladie mentale.
Livia Velpry
Éditeur : Armand Colin
330 pages / 25,40 € sur
Résumé : Première étude sociologique d'un Centre Médico-Psychologique en Ile-de-France qui vise à comprendre le quotidien du travail psychiatrique et l'expérience sociale des patients.
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Le primat de la description

Dans le cadre de cette étude, les descriptions sociologiques ne visant pas d'explication, elles permettent surtout à "voir autrement" par totalisation et explicitation des pratiques. En d'autres termes et si tant est qu'il s'agise sur ce terrain de l'énigme véritablement la plus ambarassante, il ne s'agit pas de résoudre la question "qu'est-ce qu'être un patient à long terme en psychiatrie?", mais de la dissoudre dans le tissu des contingences qu'il convient justement de reconstituer. Mais les descriptions peuvent avoir, selon Alain Ehrenberg, une fonction politique: réduire l’opacité du social (ici la sectorisation psychiatrique) pour améliorer les politiques publiques en la matière. Le sociologue sera-t-il pour autant écouté ? Cette politique de la sociologie n’est elle pas périlleuse ? La lame de rationalisation qui s’est abattue sur l’ensemble des sociétés industrialisées exige justement ce travail de clarté et de transparence du social.

Dans la lignée de Marcel Mauss et de Georges Balandier, bien des anthropologues se sont donnés au contraire pour tâche de comprendre le ressort social de l’opacité des pratiques et, plus particulièrement, sa nécessité sociale. L’opacité de la sectorisation psychiatrique, par exemple, recèle une fécondité qui se manifeste localement dans de multiples expérimentations, parfois explicitement utopiques, qui se jouent ironiquement des pesanteurs de l’institution. Que ces expérimentations deviennent soudainement louches, que l’on substitue à la créativité quotidienne, une éthique du protocole constitue justement un des enjeux politiques à explorer et à interroger.

 

Le primat de l'action

L’étude de Livia Velpry dresse donc un tableau du quotidien de la psychiatrie et explicite les pratiques qui ont lieu dans les coulisses et, en particulier, le caractère "thérapeutique" des interventions de l'équipe qui peut demeurer au premier abord assez énigmatique à un observateur extérieur. Le procédé est élèmentaire, mais essentiel pour en esquiser in situ les contours.

La première partie plante le décor. Elle décrit l'offre de soin psychiatrique en France façonnée par une politique de "sectorisation" qui territorialise la prise en charge de la folie tout en l'installant au coeur de la cité (chap.1). Le C.M.P dont Livia Velpry observe le fonctionnement et l'esprit d'équipe (chap.2) est marqué par cette tension structurelle entre "accessibilité" du tout venant et "continuité" des soins des patients psychiatriques, qui se traduit dans la réunion d'admission par la distinction de deux types de population selon la gravité du trouble: les "cas psychologiques" et les "cas psychiatriques" (chap.3). En dégageant une typologie de régimes d’action (laisser faire, faire pour et faire faire  ), la deuxième partie s’attache à décrire le travail quotidien de l'équipe soignante, un "ordre négocié", qui s'organise entre la recherche de l'implication du patient et l'actualisation de sa capacité d'autonomisation. A cet égard, un chapitre est consacré à décrire le recours aux appartements associatifs. En employant le concept d'affiliation façonné par Olbert Ogien, la troisième et dernière partie décrit la participation des patients au travail psychiatrique, les façons d'être patients en psychiatrie, distanciée ou intégrée (chap. 8). L'enjeu méthodologique de cette partie est tout a fait clair.

A l'instar de Muriel Darmon qui avait rencontré bien des obstacles lors de son audacieuse recherche sur le devenir anorexique , Livia Velpry est allée au delà du scepticisme affiché à l'égard de la parole des patients tout en prenant en considération le statut du délire et de son ravage social sur l'entretien sociologique en tant que tel.

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4 commentaires

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younés12

23/11/11 18:14
moi j'ai une psychose depuis 25 ans,je me souviens que le jour ou je me suis plié au traitement neuroleptique je suis devenu moin intelligent(au sens de mémoire et de rapidité de raisonnement)je ne sais plus quoi faire,j'ai perdu mes études médicales et je me suis retrouvé chomeur,mes amis de la faculté sont partis et je suis résté seul à l'écart.La science ,à mon avis, doit chercher d'autres alternatives que ce classique traitement neuroleptique qui entrave le malade tout en l'aidant à se reconstruire...
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dodolenfantdo

12/04/09 13:14
Le devenir des personnes internées est un vrai problème, qui tire sa source intrinsèque dans le traitement qu'ils ont reçus. Comment un patient dont on a détruit la volonté pour le rendre plus calme, docile, va pouvoir sortir un jour de l'hopital et se reconstruire? La véritable solution reste à trouver, mais n'est certainement pas dans un traitement visant à anihiler ce qui rend un individu capable d'opérer, drogues, humiliation, élctrochocs ...
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cyraud

12/04/09 10:14
La vie des patients dans un hôpital psychiatrique, je l'ai approchée lors d'un stage d'étude : j'ai vécu 2 mois avec eux.
J'ai rencontré des artistes, des mères de famille, des seniors, des gens comme vous et moi, qui , à un moment de leur vie, ont souffert et/ou ont pu avoir un comportement jugé "à la marge" !
Est-ce une raison de les enfermer ? Est-ce une raison d'annihiler leur volonté en les "bourrant" de psychotropes ? Est-ce une raison pour leur faire subir de l'humiliation ?
Un criminel en prison est mieux traité : il a, au moins, droit à un avocat pour s'exprimer, se défendre. Il peut apprendre un métier, suivre des études dans le but de la ré-insertion. Et un patient psychiatrique qui a perdu son emploi, parfois sa famille, ses amis, restera A VIE dépendant de la société, perdant son honneur. Mais, qu'a t'il fait pour cela ? Ou plutôt, que lui a-t-on fait ? Que les psychiatres se posent la question !
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versatile

10/04/09 12:53
Il est interessant de conaître différents points de vue de cette "pratique" et d'en tirer des conclusions. J'ai moi-même discuter à plusieurs reprises avec des patients en psychiatrie et MALHEUREUSEMENT pas toujours bien traités...et cet article que j'ai trouvé en est le reflet assez réaliste il faut le dire...
Amicalement à tous...
Article dans le journal "le Monde":
http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/03/05/comment-la-psychiatrie-et-l-industrie-pharmaceutique-ont-medicalise-nos-emotions-de-christopher-lane_1163501_3260.html

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