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"L'expérience sociale de la maladie mentale" est le concept central de cette étude issue d'une thèse de sociologie sous la direction d'Alain Ehrenberg.
Il vise à répondre à la question formulée par l'anthropologue américaine Sue Estroff dans un ouvrage devenu classique : "qu'est-ce qu'être un patient à long terme en psychiatrie?". Plus généralement, cette question nous conduit à envisager le caractère problématique de la notion d'autonomie. Ainsi, le concept d'expérience sociale de la maladie mentale qualifie non seulement un processus d'ajustement des patients aux effets de l'institution psychiatrique, mais également aux effets de la folie dans toute les sphères de leur existence car, dans un contexte de déshospitalisation, la psychiatrie ne définit plus totalement leur trajectoire. Ce que tient ensemble l'analyse de Livia Velpry, c'est donc la gestion professionnelle et profane de la folie. Les données qu'organise le concept ont été recueillies au sein d'un Centre Médico-Psychologique (CMP) d'Ile de France.
Le primat du quotidien
Comme l'étude s'inscrit dans un espace intellectuel émergeant en France et dont le principal objet (la maladie mentale) demeure encore spontanément associé au savoir psychiatrique, Livia Velpry prend soin d'exposer minutieusement la construction de son objet et sa perspective sociologique d'inspiration pragmatiste. Puisque c'est la méthode qui fait l'objet, le résultat complète plutôt qu'il ne conteste le savoir clinique.
Aussi, Alain Ehrenberg note t-il judicieusement dans sa préface que l'ouvrage propose une simple description, un tableau concret, c'est-à-dire complet d'une épreuve qui se présente immédiatement comme personnelle, mais au sein d'une structure de relations sociales particulières. C'est en quoi l'expérience est sociale et l'enjeu, à proprement parlé, collectif. Or, si le concret ou le quotidien, c'est le complet, il n'en demeure pas moins que le complet, c'est l'histoire : depuis ces déterminants plus ou moins lointains et actifs qui façonnent l'offre de soin et l'itinéraire des patients jusqu'aux singularités qui structurent actuellement notre conjoncture sociale, l'actualité bruyante ou médiatique de la psychiatrie critique .
Il est en effet douteux que le quotidien de la psychiatrie soit totalement préservé de cette actualité et de ses déterminants : d’une part, certains élèments de ce quotidien deviennent médiatisés (à travers des affaires, par exemple), d'autre part certaines dynamiques sociales touchant toute les sociétés (la rationalisation des moyens, des savoirs, des standards internationaux) ont un impact sur le quotidien de la psychiatrie (accréditation, protocoles, remise en question de la place de la psychanalyse, etc.). la prise en compte de l’historicité des logiques pratiques, i.e. l’attention aux enjeux, est ainsi le seul rempart qui évite de verser dans le structuro-fonctionalisme le plus plat, qu’il soit classique ou rénové, au nom d'une étude empirique des activités sociales ... La vérité du quotidien ou de la psychiatrie ne saurait donc résider exclusivement dans le quotidien.
3 commentaires
dodolenfantdo
cyraud
J'ai rencontré des artistes, des mères de famille, des seniors, des gens comme vous et moi, qui , à un moment de leur vie, ont souffert et/ou ont pu avoir un comportement jugé "à la marge" !
Est-ce une raison de les enfermer ? Est-ce une raison d'annihiler leur volonté en les "bourrant" de psychotropes ? Est-ce une raison pour leur faire subir de l'humiliation ?
Un criminel en prison est mieux traité : il a, au moins, droit à un avocat pour s'exprimer, se défendre. Il peut apprendre un métier, suivre des études dans le but de la ré-insertion. Et un patient psychiatrique qui a perdu son emploi, parfois sa famille, ses amis, restera A VIE dépendant de la société, perdant son honneur. Mais, qu'a t'il fait pour cela ? Ou plutôt, que lui a-t-on fait ? Que les psychiatres se posent la question !
versatile
Amicalement à tous...
Article dans le journal "le Monde":
http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/03/05/comment-la-psychiatrie-et-l-industrie-pharmaceutique-ont-medicalise-nos-emotions-de-christopher-lane_1163501_3260.html