On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Comment comprendre les effets de la mondialisation actuelle sur la ville ? Parmi les ouvrages qui visent à mieux comprendre ce processus, certains illustrent, à travers la présentation de différentes villes, une théorie préalable de la mondialisation et de ses effets. C’est notamment le cas des Paradis Infernaux, ouvrage dirigé par Mike Davis et Daniel Monk, paru aux éditions de la Prairie Ordinaire en 2008 : si on peut apprendre quelques éléments sur Hong-Kong, Kaboul ou Medellin, les mêmes diatribes contre le néo-libéralisme se répètent de l’introduction à la conclusion. Un autre type d’ouvrages, plus modeste dans ses intentions, mais peut-être plus efficace et plus respectueux de l’intelligence du lecteur, consiste à accumuler patiemment des faits, des analyses et des recherches, pour aider à penser ces processus d’urbanisation qui se retrouvent, de manière étonnante, dans différentes parties du monde. C’est dans cette seconde catégorie que l’on intégrera, sans hésiter, le Ghetto de riches piloté par Thierry Paquot. Mais - et ceci pourra surprendre le lecteur -, si une introduction substantielle précède la vingtaine de contributions, nulle conclusion ne vient clore cet ouvrage. Tout se passe comme si les auteurs, principalement des universitaires, voulaient laisser au lecteur le soin de construire sa propre vision des choses après ce tour du monde des enclaves sécurisées. Ou peut-être, cet ouvrage collectif n’est-il que le premier élément d’une série d’ouvrages qui viendraient éclairer ces récurrences frappantes des villes mondialisées : ghettos dorés, mais aussi marges urbaines, centres commerciaux, lacis d’infrastructures, centres d’affaires…
Que sont ces “ghettos de riches” ? Le terme de “ghetto” est aujourd’hui fréquemment mobilisé par la recherche urbaine, tout en étant largement mis en débat. Parmi les ouvrages français marquants utilisant ce mot, citons l’ouvrage de l’économiste Eric Maurin, Le Ghetto Français, paru au Seuil en 2004 ou Le Ghetto urbain de Didier Lapeyronnie, paru en 2008 chez Fayard. Mais, dans l’ouvrage dirigé par Thierry Paquot, il ne s’agit pas ici d’un emploi métaphorique du mot, comme dans le cas des deux ouvrages précédemment cités. Utilisé dans la formule de “ghettos de riche”, il apparaît comme “un figuré du figuré”. En quelque sorte, “il s’agit bien d’une “ségrégation territoriale”, mais d’une séparation ségrégative souhaitée, voulue et non pas contrainte, imposée”. Cette ségrégation volontaire se matérialise par la répartition d’un nouveau type de produit immobilier constitué non seulement d’un logement bien confortable et d’un emplacement pour les voitures mais également de services communs pour la famille ou les enfants, et surtout d’un sentiment, celui de la sécurité. Car ce qui distingue l’enclave résidentielle est bien sûr la présence de murs, de portails et d’un personnel de gardiennage.
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