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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Un article récent paru sur Nonfiction a souligné l’apparente contradiction entre une crise économique mondiale dont on ne perçoit pas les limites et la bonne santé de l’édition liée aux ouvrages de critique sociale ou politique. Ce constat est validé si l’on prend l’exemple de la jeune maison d’édition Les prairies ordinaires, qui a déjà publié en peu de temps une vingtaine d’ouvrages dont la thématique principale est justement la critique du néolibéralisme et de la mondialisation, via la traduction notamment de nombreux ouvrages états-uniens.
Parmi les auteurs de ces critiques, un certain Mike Davis s’illustre par le nombre de livres qui y ont été publiés. À ce titre, on peut imaginer que critique sociale et recherche d’une visibilité éditoriale ne sont pas antinomiques. En effet, l’auteur du best-seller City of Quartz jouit d’un capital symbolique non-négligeable auprès des mouvements altermondialistes, mais fait grincer bien des dents dans le domaine de la recherche scientifique. Dans cet ouvrage paru au début des années 1990, l’iconoclaste et inclassable Davis voyait en Los Angeles l’incarnation et le modèle urbains pour le reste du monde de l’enfer inhérent au néolibéralisme triomphant. Son approche était clairement néomarxiste, utilisant notamment parmi ces outils d’analyse les notions de luttes de classe et de taux de profit pour rendre compte de l’organisation post-moderne de ce monstre urbain.
Mais Mike Davis, et c’est important, s’est attardé depuis ce succès éditorial davantage à la dimension mondiale des conséquences du rouleau compresseur néolibéral. C’est dans cette perspective que s’ancre son dernier ouvrage. On peut même avancer qu’il s’agit du pendant "ghetto du gotha" mondialisé, pour paraphraser les époux Pinchon, à un des ouvrages précédents de Davis sur la forme urbaine devenue majoritaire, en l’occurrence les "bidonvilles" abordés dans l’alarmiste Le pire des mondes possibles . Mais une différence de taille est à souligner : cet ouvrage est un ensemble d’études dirigées par Mike Davis et un spécialiste des questions militaires, Daniel Monk.
La ville post-moderne comme caisse de résonance de la violence du néo-capitalisme
Treize articles cherchant à rendre compte des "logiques spatiales du néocapitalisme" , au travers de onze villes : voici l’ambition de cet ouvrage. Le ton si polémique et caustique qui fait la "touche Davis" est donné dès l’introduction. D’après ce dernier, la surface de la terre voit l’épanouissement croissant et rapide de "paradis monstrueux", "archipels clinquants du luxe utopique", dont Los Angeles resterait "l’idéal fantasmagorique mondial" . De surcroît, ces nouvelles formes urbaines produites par le néocapitalisme globalisé marqueraient la fin de l’histoire urbaine, car elles apparaissent comme non viables, socialement et écologiquement parlant. Ainsi, et on y reviendra par la suite, la dimension plus politique que scientifique de ces études est mise en exergue dès l’introduction.
1 commentaire
Sh.
Pourtant, son article se tient convenablement, sans pousser dans du manichéisme, et même si l'on peut déplorer un manque d'argumentation (le double de contenu n'aurait pas été en trop), Davis, dans un style très journalistique, permet de porter la plume dans la plaie. Certaines phrases, plus que d'autres, semblent très travaillées et éclairent véritablement l'œuvre. De même, certains faits choisis permettent une mise en lumière de cette "impertinence" de Dubaï (exemple des travailleurs "bon marché et de préférence non-syndiqués"
L'ouvrage est quand même une bonne lecture, du moment que l'esprit critique reste de mise (pour Davis comme pour n'importe quel autre auteur que ce soit d'ailleurs).
Je vous renvois vers ma critique parue sur Comprendre ce là-bas :
http://shyankar.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/01/03/dubai-l-impertinente.html