On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le 20 mars, Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, devait proposer au gouvernement un projet de loi visant à "rendre licite la mesure de la diversité". Les polémiques autour des statistiques ethniques, ravivées régulièrement en France depuis des décennies, ont peut-être contribué à retarder la remise du rapport. Cette mesure divise le gouvernement, et selon un sondage CSA-UEJF-SOS Racisme, 55% des Français la rejettent . La sensibilité du débat public vis-à-vis des statistiques ethniques révèle que la question de la diversité fait émerger les déséquilibres profonds de la société, interrogeant les fondements de l'identité et de l'identité nationale. Nous proposons d’envisager les termes actuels du débat à travers quelques prises de position médiatiques, en examinant les principaux arguments antagoniques.
Oui à un outil de mesure pour lutter efficacement contre les discriminations
"L'égalité des chances doit cesser d'être théorique pour devenir réelle", insistait Nicolas Sarkozy lors du discours du 17 décembre 2008 intronisant Yazid Sabeg. C’est dans cet esprit que ce dernier envisage sa mission. Dans un entretien au Monde, il révèle la nature de son projet, qui "ouvre la voie aux statistiques ethniques". "À l'heure où l'on se soucie de la cohésion nationale, il n'est pas pertinent de renvoyer constamment les individus à leurs origines". M. Sabeg, souhaitant nuancer la brutalité d'une mesure ethnique, envisage ces statistiques comme des enquêtes fondées sur l'autodéclaration, le volontariat et l'anonymat.
Dans une "Lettre à nos potes antiracistes sur la mesure de la diversité" publiée par Mediapart, Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), appelle de ses vœux le "pas historique" que franchira le pays avec l'adoption du projet de loi sur la mesure de la diversité. Comparaisons européennes et internationales à l’appui, il souhaite voir mettre en œuvre cet outil "moderne" d’action et de lutte contre les discriminations. L’inefficacité des mesures actuelles de lutte est dénoncée, et la nécessité de disposer de "donnés objectives" pour établir un "diagnostic" sûr des maux dont souffre les discriminés est mise en avant, car selon Patrick Lozès, "l'imprécision actuelle est coupable. Elle est criminelle. Elle fait le jeu des extrémistes, qui manipulent le sentiment de peur".
François Héran, directeur de l'Institut national d'études démographiques (INED), affirme quant à lui dans une tribune du Monde intitulée Statistiques ethniques, non ! Mesure de la diversité, oui la nécessité de "sortir du débat rituel sur les "statistiques ethniques"". Il leur substitue l'idée d'une "panoplie d’outils" pour mesurer les discriminations "tout en prenant les précautions nécessaires pour ne pas bâtir de "référentiel ethno-racial" à l'américaine, c'est-à-dire une nomenclature des groupes faisant foi pour l'administration."
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