Entretien avec l'iranienne Shahlâ Sherkat, fondatrice du magazine Zânan
[mardi 10 mars 2009 - 11:00]
Nonfiction.fr :
Un article étonnant, s’intitulant "Les petites récréations de la vie", incite les femmes à s’entraîner à dire « non » devant une glace, à couper leur téléphone portable, à prendre un bain… Il s’agit d’un petit texte léger en apparence mais en invitant les femmes à prendre du temps pour elles-mêmes, à exercer une sorte de droit à l’égoïsme, il prend une résonance particulière dans une société où on leur demande beaucoup. Êtes-vous d’accord avec cette analyse ?
Shahlâ Sherkat : Les femmes iraniennes sont en général très "sérieuses", même si elles se préoccupent de leur apparence. Les femmes les plus activistes peuvent faire preuve de coquetterie – l’un n’exclut pas l’autre. Comme partout dans le monde, on peut rencontrer des "poupées Barbie" mais, dans l’ensemble, les femmes en Iran se montrent de plus en plus conscientes de leur situation.
Nonfiction.fr :
Certains des articles font référence au mouvement des femmes au sein du djebhe-ye mochârekat (Front de la participation), une coalition politique réformatrice qui rassemble plusieurs mouvements militant pour une démocratisation du régime. Avez-vous le sentiment qu’il existe une convergence avec les mouvements de jeunes ?
Shahlâ Sherkat : Nous travaillons avec les femmes du Front de la participation. Celles-ci ont réussi à convaincre le bureau central de l’organisation de leur attribuer 30 % des postes dans les listes de candidatures au
Majles (le Parlement iranien). Depuis deux ou trois mandats, ce quota est respecté. Il s’agit d’une avancée significative.
Nonfiction.fr :
30 ans après la Révolution, pensez-vous que le mot ait encore un sens en Iran ? Le pays a-t-il besoin d’une "révolution" ?
Shahlâ Sherkat : Bien sûr, ce mot a toujours un sens. Mais la population s’interroge sur les promesses de la Révolution et sur ses acquis. Cependant, le peuple iranien ne veut plus faire de révolution. Il préfère désormais les réformes.
Nonfiction.fr :
Les jeunes générations sont-elles moins imprégnées de la mentalité patriarcale ?
Shahlâ Sherkat : Oui, c’est le cas. Les temps ont changé. La société a évolué, les relations filles-garçons ne sont plus exclusivement faites de soumission. De plus, les jeunes étudient de plus en plus à l’université. Il est normal, dans ces conditions, que les jeunes filles évoluent et se laissent moins faire.
Nonfiction.fr :
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Shahlâ Sherkat : J’essaie de faire lever la suspension de publication de
Zanân. Si je ne l’obtiens pas, je solliciterai une autorisation pour publier une autre revue. En général, les journaux font paraître leur revue sous un autre nom lorsque celle-ci est suspendue. Il arrive même que les journaux possèdent à l’avance une nouvelle autorisation en cas de suspension ! En revanche, c’est plus difficile pour les magazines. Lorsque j’ai tenté de le faire, on m’a répondu que ma revue n’aurait pas été suspendue si c’était pour l’autoriser à reparaître sous un autre nom.
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La situation des journaux s’est-elle améliorée depuis un ou deux ans ?
Shahlâ Sherkat : Non, elle a empiré. Un grand nombre de journaux ont fermé
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