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La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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La vie d'un film "en train de se faire"
[lundi 09 mars 2009 - 22:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
Anatomie d'un film
Jacques Mandelbaum
Éditeur : Grasset
296 pages / 17,01 € sur
Résumé : De la conception d'un film à sa sortie en salles, un ouvrage remarquable sur les affres de la création cinématographique.
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En 1959, dans Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder en VO), Otto Preminger s’emparait d’un fait divers particulier pour examiner quelques traits inquiétants de la société étasunienne dans son ensemble. De manière comparable, en 2009, l’historien et critique de cinéma Jacques Mandelbaum, que beaucoup connaissent pour ses articles dans Le Monde, prend le prétexte du suivi, pas à pas, d’un film "en train de se faire", pour livrer un regard original sur le cinéma d’auteur français en général – celui-là même que le système actuel a "asphyxié sous la pression de la loi du marché" . Son Anatomie d’un film retrace les évolutions successives du projet de Parc, troisième long-métrage d’Arnaud des Pallières, un réalisateur choisi pour "la place singulière [qu’il] occupe dans la génération montante du cinéma d’auteur français" , mêlant ambition formelle et engagement politique. Le défi est de taille : il consiste, pour Mandelbaum, à s’atteler à "l’histoire d’une production indépendante qui tente d’élargir l’audience d’un auteur dont la reconnaissance demeure à ce jour confidentielle, et qui se heurte de plein fouet à une série de mécanismes institutionnels et financiers qui entravent l’accomplissement de ce désir, en dénaturent la mise en œuvre et affecte au final la viabilité d’une carrière" . L’ambition de Mandelbaum n’est pas de délivrer une analyse ou un jugement esthétique sur le film terminé, mais bien de rendre compte des étapes et des compromis qui, justement, ont permis qu’il soit tourné et projeté au public des salles de cinéma.

Pour comprendre tout l’intérêt de cette démarche, un détour par la sociologie des sciences peut s’avérer pertinent. À la fin des années 1970, cette discipline a connu un profond bouleversement : dans le sillage de l’école d’Edimbourg, les travaux de Bruno Latour – et de ce que l’on a appelé en France la sociologie de la traduction – ont permis le développement de la théorie de l’acteur-réseau. Mandelbaum ne s’inscrit pas lui-même, explicitement, dans cette tradition de pensée mais deux points importants de cette théorie éclairent son ouvrage :

- D’abord, la notion de film "en train de se faire", centrale au sein du livre, peut être pensée en référence à l’étude de "la science en train de se faire", telle que l’ont pratiquée les sociologues des sciences. En tirant profit des acquis de l’ethnologie européenne, ces derniers ont démontré de quelle manière une "boîte noire" pouvait se constituer autour des théories scientifiques. Ces théories sont diffusées et appliquées sans qu’on puisse se rendre compte de leur genèse et des enjeux, politiques et sociaux au sens large, dans lesquels elles ont été produites et construites. De son côté, Mandelbaum ne se contente pas de rendre compte des doutes et des angoisses liés à l’acte créateur lui-même, mais observe également les âpres négociations qui s’engagent en amont autour des divers aspects de la production : le casting, la photo, le choix des lieux de tournage, les diffusions TV envisagées, etc.

Titre du livre : Anatomie d'un film
Auteur : Jacques Mandelbaum
Éditeur : Grasset
Date de publication : 14/01/09
N° ISBN : 2246711118
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2 commentaires

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cm

11/03/09 11:44
cela me fait penser à Bergson qui tenait à cette distinction entre la pensée du tout fait et du se faisant...pour bien sûr valoriser ce qui est entrain de se faire......
cela donne en tous les cas envie d'aller voir ce film,dont les critiques que j'ai lues étaient très contradictoires.
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cybertonton

10/03/09 19:37
Il n'y a pas que les fils qui doivent passer par ces âpres négociation. C'est le cas de tous les projets industriels, scientifiques, artistiques. D'aucuns trouveront ce chemin injustement chargés d'embûches, placés sur le chemin du créateur par des gens qui n'y connaissent rien. Comme tous processus de sélection sociale, ce parcours du combattant possède à la fois sa part d'arbitraire et, s'agissant d'allouer des ressources rares (en production, en distribution) sa nécessité. L'affaire ne date pas d'aujourd'hui. L'humanité a sans doute perdu à chaque époque les traces de chef d'oeuvre injustement privé d'accès à la notoriété. De temps en temps, s'opèrent des miracles qui permettent à des films a priori promis à rester confidentiels (entre les murs) d'accéder à la gloire du vivant de leur auteur.Andrei Makine s'est vu refuser par tous les éditeurs parisiens Le Testament français avant d'avoir l'idée géniale de le réécrire en russe, de voir son manuscrit requalifié comme oeuvre littéraire venue de son pays natal méritant à ce tire d'être traduite, de proposer sa version originale en français et d'obtenir le Prix Goncourt, la naturalisation et tous les honneurs mille fois mérités.

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