Recyclage et fonds de tiroir
[mardi 10 mars 2009 - 05:00]
Houellebecq est en fait parvenu à réaliser son fantasme : il se clone et se reproduit sans la moindre “intervention” nécessaire. Ses “œuvres” se génèrent d’elles-mêmes dans un processus quasi mécanique et inédit de parthénogénèse éditoriale. Processus qui implique d’ailleurs l’invention d’une nouvelle catégorie littéraire : à l’emplacement où se trouve habituellement, sur la couverture (sous le titre de l’ouvrage), l’indication générique (du type “roman”), on trouve le terme “traces”. Là encore, on ne peut s’empêcher de saluer la pertinence du procédé pour un romancier qui ne fait que rêver de sa propre disparition (il faut relire par exemple, les fins de roman de Houellebecq, qui évoquent toujours une forme de dissolution du moi : dans le dernier en date, le fameux “J’étais, je n’étais plus. La vie était réelle”). Le volume prend ainsi place, à part, dans la collection “Littérature française”, et pas dans celle intitulée “documents et essais” qui lui correspondrait mieux, et où l’on retrouve le fameux
Ennemis publics cosigné avec BHL, et copublié avec Grasset, qui a fait les choux gras de la précédente rentrée.
Coup de pub, coup de bluff, c’est aussi remarquable que déplorable. Un tel ouvrage, dont le contenu, hétérogène et irrégulier, et l’intention, fumeuse et malhonnête, sont hautement discutables, ne fait pas honneur à un auteur, dont la production, à la fois romanesque et poétique (y compris les incursions dans les domaines du cinéma et de la musique), peut pourtant se revendiquer d’une véritable cohérence, esthétique et idéologique. Cette publication, qui contient pourtant des textes de valeur (le dernier, “Coupes de sol”, un portrait-charge admirable de Robbe-Grillet est une vraie trouvaille, par exemple), porte préjudice, dans sa démarche éditoriale, aussi bien à l’éditeur qu’à l’auteur, transformé en fonds de commerce, dont on exploite au maximum la rentabilité, jusqu’à le recycler
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