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Kant, le prétendu sage de Königsberg, le philosophe sans vie et sans corps par excellence, dont Jean-Baptiste Botul a montré, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néo-kantiens du Paraguay que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence. 
Bernard-Henri Lévy dans De la guerre en philosophie (Grasset), p.122, à paraître le 10 février 2010.

On s’imagine aisément la douleur des libraires forcés à commander un livre mystère trois mois avant sa parution. Longtemps leurs bases de données devaient rester muettes, tandis que l’écho grandissait. Un nom s’élevait, qui alertait la presse. Enfin Houellebecq vint, Bernard-Henri Lévy aussi. Le monde apeuré découvrait qu’il avait servi de marionnette à un plan marketing.
Les auteurs de cet échange épistolaire qui fut mesrinement nommé Ennemis publics n’allaient-il pas souffrir eux-mêmes d’un tel conditionnement spectaculaire ? À moins qu’ils ne soient ces spécialistes de l’apparition spectaculaire, si souvent décriés, dont l’œuvre importe peu, finalement.
Il est vrai que face à Houellebecq et BHL, l’art de la suspicion accède à l’âge scientifique. L’empreinte de pauvreté du premier, qui couvre tous les domaines imaginables, ne s’est jamais vraiment estompée : "le prolétaire Houellebecq devient indissociable d’une légende. Cette légende est là pour historier une souffrance", note Sollers.. La richesse de l’autre est inoubliable, on aime réduire ses engagements à des bonnes œuvres. L’embourgeoisement de l’un tarde à se faire sentir, il continue à inquiéter et semble irrécupérable ; la prolétarisation de l’autre, ses articles écorchés, son dénuement d’aventurier semblent des artifices pénibles. Ces trahisons de classes, ces mauvaises fois irritent. Houellebecq et BHL, c’est Bartleby et Barnabooth. En livrant leur correspondance, ils exposent conjointement une première riposte : ils n’avaient pas perdu le souci de la sincérité.
Ennemis publics ne peut se lire qu’au premier degré, névroses incluses. Le mécanisme des aveux structure largement le livre, qui peine par-là à s’élever vraiment. Un lecteur attentif de Houellebecq découvrira peu de choses qu’il ne savait pas déjà. Le romancier s’était essayé, il y a trois ans, au genre autobiographique, en publiant d’abord sur Internet, puis dans une revue , le texte Mourir, déchirant et exact. L’élan qu’il avait alors manifesté, dans cette quarante-septième année qui fut fatale à Baudelaire, Musset, Lovecraft et Nerval, semble être retombé. Or l’infime distance qui sépare l’aveu de la justification compte beaucoup en littérature ; le Houellebecq d’Ennemis publics est l’un des moins littéraire que nous connaissons. Des plus sympathiques cependant : effet normal de la succession des anecdotes. Houellebecq au ski, Houellebecq en Russie, Houellebecq à l’église (spoiler !). Ces éléments à demi nouveaux perdent leur force à être trop circonstanciés. Houellebecq, rappelons-le, écrit des romans magnifiques dont les structures empruntent moins à l’arbitraire du récit de vie qu’à certains effets de sidération poétique. Ceux qui avaient pris l’habitude de le classer parmi les romantiques pourront être déçus de découvrir un contemporain.
8 commentaires
rien
Marchoucrève
Michel
excellente illustration pour deux hommes dégoulinants... reflets de la
déliquescence de notre culture.
Ces deux personnages nous évoque Auguste face au clown blanc.
On peine à sourire...
Votre article en est le reflet
La rédaction
alain
merci.