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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Fragments endeuillés d'un discours
[vendredi 27 février 2009 - 05:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Journal de deuil
Roland Barthes
Éditeur : Seuil
268 pages / 17,96 € sur
Résumé : Des notes inédites de Roland Barthes après la mort de sa mère, qui ne nous touchent pas, nous laissent dans un espace hésitant entre détachement et psychologisme.
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Le "Je" des notes de Barthes, qui refuse de se "décoller", est un "Je" qui nous est impossible de récupérer. Distanciation du lecteur, refus du général. Si les Fragments d’un discours amoureux étaient ceux d’un "amoureux qui parle et qui dit", si Roland Barthes par Roland Barthes avait en exergue un "tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman", le Journal de deuil est tragiquement le récit intérieur d’un "Je parle, et je me dis". Ou comme il l’énonce : "En prenant ces notes, je me confie à la banalité qui est en moi." 

Le texte du Journal de deuil n’a donc aucun intérêt en lui-même, ce qu’il nous dit appartient au domaine du personnel, de l’émotion interne dont nous sommes maintenus exclus, et donc ne nous regarde pas. Barthes voulait précisément échapper à toute psychologie , or notre unique manière d’aborder le Journal de deuil est de le voir faire symptôme. Symptôme d’un changement progressif vers une forme de philosophie mélancolique, d’une véritable pensée dépressive. Loin de nous l’idée de plaquer une terminologie médicale, de vouloir guérir ou expliquer Barthes, mais le Journal de deuil, par sa dénégation même à toute forme d’explication, de rationalisation, ne peut que nous renvoyer vers ces pentes, et nous laisser, nous et lui, sur une sensation d’échec. Cet échec à dire (autre chose que le deuil), Barthes le surmontera dans son livre suivant (La Chambre claire) dans ses cours et son grand projet inabouti de Vita nova , projets dans lesquels il aura réussi non pas à se détacher de son sujet, mais à distancier le pur sujet du deuil de son propre travail pour mieux le faire entendre.

 

À lire également sur nonfiction.fr :

- Roland Barthes, Carnets du voyage en Chine (Christian Bourgois/IMEC), par Camille Renard.

- Alain Robbe-Grillet, Pourquoi j'aime Barthes (Christian Bourgois), par Camille Renard.

- Interview de Thomas Clerc, "Entre deuil et voyage : l'(in)actualité de Barthes", par Camille Renard.

- Notre dossier : "Barthes ou le désir des textes".
 

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1 commentaire

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DNH24 45

06/01/10 18:05
Magnifique tenue expressive, présence constante à l'objet du regard, le texte, et tournée vers celui qui lit de celui qui lie, la langue prononcée.

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