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La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Politique éducative et "couches-culottes"
[mardi 17 février 2009 - 15:30]

Discréditant les projets ministériels français en matière d’éducation de la petite enfance, la Commission européenne a décidé de faire de l’enseignement préprimaire un thème prioritaire pour la coopération entre les États membres en 2009-2010, afin de promouvoir un accès équitable, de renforcer la qualité des cours et d'intensifier le soutien aux enseignants.

La rumeur de la suppression de l’école maternelle ne cesse de courir depuis la nomination de M. Darcos. Le ministre a notamment exposé cet été devant la commission des Finances du Sénat son objectif de réduire le nombre d'enseignants en première section de maternelle, arguant que leur activité principale consistait à "changer des couches" .

Un rapport publié hier par l'agence européenne "éducation, audiovisuel et culture" permet d’évaluer à leur juste mesure les conséquences de cette éventuelle disparition. Ce document disponible sur le site d’Eurydice (le réseau d’information sur l’éducation en Europe), intitulé "réduire les inégalité́s sociales et culturelles par l'éducation et l'accueil des jeunes enfants en Europe", conclut qu’il est à la fois plus efficace et plus équitable pour les gouvernements d’investir au plus tôt dans l’enseignement. À partir d’une riche analyse comparative, le compte-rendu juge que l’enseignement prépimaire constitue un "moyen efficace de jeter les bases pour l’apprentissage ultérieur, la prévention des abandons scolaires, l’amélioration de l’équité des résultats et le relèvement des niveaux globaux de compétences".

En France, selon une enquête de Louise Fessard pour Mediapart ("Les moins de 3 ans bientôt renvoyés de l'école maternelle"), le taux de scolarisation des deux-trois ans a baissé de 40% entre 2000 et 2007. Et au sein de ce bilan, les ZEP sont les moins bien couvertes, alors que selon le récent rapport européen, l’enseignement préprimaire affiche le rendement le plus élevé sur le plan de l’adaptation sociale des enfants. L’école maternelle peut contribuer de manière considérable à lutter contre les désavantages éducatifs subis notamment par les enfants issus de minorités ethniques ou de familles défavorisées à faibles revenus. Outil d’homogénéisation sociale et culturelle, la scolarisation des plus petits reste un levier politique indispensable pour progresser vers l’égalité réelle.

Certaines analyses issues de la sociologie bourdivine introduisent un contrepoint intéressant à ce type d'étude en démontrant que l’école, contrairement à sa mission initiale, produit des inégalités . Si elles sont à prendre en compte pour améliorer le fonctionnement effectif de l’institution scolaire, ces critiques ne peuvent pour autant servir d’argument pour attaquer la raison d'être de l’école, qu'il s'agit au fond de continuer à défendre. Car de l’école maternelle à l’université, c’est bien l’ensemble de la politique éducative qui est aujourd’hui en débat en France.

 

À lire également sur nonfiction.fr :

- Nathalie Mons, Les nouvelles politiques éducatives. La France fait-elle le bon choix? (PUF), par Olivier Rey.

- Jean-Paul Brighelli, Fin de récré. Pour une refondation de l'école (Jean-Claude Gawsewitch), par Julien Llanas.

- Éric Maurin, La nouvelle question scolaire (Seuil), par Luc Goupil.

- Éric Maurin, La nouvelle question scolaire (Seuil), par Diane Angermüller.

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2 commentaires

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bigplouc2

24/02/09 18:15
Outre qu'une vision aussi réductrice relève de l'insulte à l'égard des enseignants engagés dans cette mission, limiter le débat sur l'éducation dans les premières années de maternelle à la question des couche-culottes témoigne d'une grave méconnaissance des effets de l'enseignement à ce niveau.
Comment ignorer le bénéfice d'une scolarisation précoce, notamment en matière de socialisation et d'accès au langage ? Plusieurs études comparant des cohortes d'élèves scolarisés à partir de 2 ans, de 3 ans ou 4 ans, ont clairement établi les retombées positives d'un âge d'entrée avancé à l'école maternelle. Que ce bénéfice soit encore plus important pour les enfants de cadre que pour les autres ne change rien à l'affaire. Epargnons aux générations futures une lecture malhonnête de statistiques édifiantes. Le souci d'économie de moyens, par ailleurs justifié, ne légitime pas un débat dédaigneux sur ces questions fondamentales.
Il est grand temps d'engager une réflexion de qualité sur les pratiques pédagogiques à ce niveau afin de maintenir l'Ecole maternelle française à la hauteur de sa réputation. Plutôt que de rayer d'un trait de plume les efforts engagés depuis plus d'un siècle, sachons avec la Commision européenne nous montrer à la hauteur des enjeux
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thierry bruno

22/02/09 18:43
Discrédit des projets ministériels français, écrivez-vous, à voir. Vous semblez prendre pour argent comptant, pour valeur étalon les décisions ou projets de la commission européenne. Cela montre d'abord une perte du sens critique, consécutif à une volonté arbitraire de considérer tout projet gouvernemental comme nécessairement mauvais. Une simple question : a-t-on objectivement analysé les résultats en fin de CP par exemple entre des élèves ayant commencé leur scolarité dès 3 ans, ceux à partir de 5 ans et ceux uniquement en C.P. ? M. DARCOS est-il si loin que cela de la vérité en parlant de ""change de couches ? Plus brutalement, les classes de maternelle ne servent-elles pas de halte-garderie d'une part et de réservoir d'enseignants ?
La commission européenne vient d'avoir une nouvelle lubie; cela ne lui donne pas nécessairement raison.

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