On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Qu’est-ce qu’un profit "raisonnable" ? Notre époque ne détient pas le monopole des interrogations sur le rapport entre échanges économiques et morale, qui brûle depuis quelques mois des financiers longtemps adorés. La volonté de "moraliser", même à rebours, les affaires, ne s’exprima jamais avec d’autant d’acuité qu’au lendemain de guerres mondiales qui avaient réduit la masse de la population française à l’angoisse, au rationnement, voire à l’indigence. Le colloque organisé à Rennes les 22 et 23 mars 2007 sous la direction de Marc Bergère en apporte l’illustration. Ses actes, parus aux Presses universitaires de Rennes en 2008, marqueront en effet une date importante dans l’historiographie de l’épuration. Trop de colloques se perdent dans des communications qui "exemplifient" les interprétations déjà connues. L’ouvrage dirigé par Marc Bergère mêle chercheurs confirmés et jeunes doctorants, ce qui donne à l’ensemble l’allure d’un vrai livre collectif et d’un travail de recherche idéal. C’est du début du XXe siècle que date l’invention d’outils permettant de taxer les profits de guerre. A mesure que les conflits changeaient de visage, ceux qui s’y enrichissaient faisaient en effet de même : les rapines de généraux comme Augereau ou des fournisseurs aux armées d’Italie s’effacèrent devant les bénéfices des directeurs d’usines.
Le précédent de la Grande Guerre
On se rappelle les "tuniques égyptiennes droites, sombres, très "guerre"" portées par les jeunes Parisiennes dans Le Temps retrouvé, en signe d’association aux souffrances du pays . On sait moins que la Première Guerre mondiale fut un temps d’innovations fiscales au nom de la solidarité. L’impôt sur le revenu en faveur duquel Joseph Caillaux plaidait depuis longtemps fut adopté le 31 juillet 1917, cependant que le gouvernement d’Aristide Briand imaginait une contribution provisoire sur les bénéfices exceptionnels ou complémentaires en temps de guerre, le 1er juillet 1916. En l’espèce, seul était pris en compte le montant du profit : l’État entendait supprimer ou réduire le hiatus entre le bonheur privé de certains foyers et le malheur public. La contribution extraordinaire représenta jusqu’à 15 % des recettes budgétaires de la France, en 1920-1921. Les "profiteurs de guerre " ne furent donc pas oubliés au profit de quelques lampistes, contrairement à une conviction très répandue dans l’opinion publique des années 1920-1930 . Les difficultés du recouvrement des contributions alimentèrent en effet l’idée d’une "impunité des riches" qui n’apparaît guère fondée à l’examen des archives.
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