On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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Les Presses de Sciences Po viennent de publier une deuxième édition entièrement refondue de l’ouvrage de Zaki Laïdi, La norme sans la force. L’énigme de la puissance européenne, nouvelle édition qui se justifie pleinement par les importants changements survenus tant au niveau des faits qu’au niveau de la recherche. Directeur de recherche au Centre d’études européennes de Sciences Po Paris et spécialisé dans les relations internationales, Zaki Laïdi se penche sur la nature de la puissance européenne et sa place dans le jeu géostratégique.
Décrivant la construction européenne comme un "projet normatif", Zaki Laïdi pose la question fondamentale de sa pertinence dans un ordre mondial pour lequel la fin de la Realpolitik n’a été qu’une illusion éphémère. L’Union européenne peut-elle réellement développer sa puissance normative en étant dépourvue de puissance politique et militaire ? Or force est de constater que "la prospérité par le marché" n’est plus un moteur d’intégration politique, et que l’embryon de l’Europe de la défense promet une gestation poussive. Cette panne de l’intégration politique se voit singulièrement renforcée par l’élargissement à l’Est, réunification historique qui signifie le découplage entre l’économie et la sécurité militaire, cette dernière relevant de droit, aux yeux des nouveaux entrants, de l’OTAN. Dans le contexte mondial marqué par la réémergence des grands États-nations, Zaki Laïdi expose les enjeux de l’Europe : défendre son "storytelling planétaire" d’un monde interdépendant et normé, sans pour autant négliger la Realpolitik et la force.
L’empire normatif
L’Union européenne se caractérise par sa préférence pour la norme. Celle-ci peut d’abord s’expliquer par la nature même du projet européen, qui se fonde historiquement sur le refus même de la puissance et sur l’ambition d’instituer un système dépassant le traditionnel équilibre entre États. "La coopération entre les nations ne résout rien. Ce qu’il faut chercher, c’est une fusion des intérêts européens et non pas simplement l’équilibre de ces intérêts", disait Jean Monnet . La construction européenne peut se comprendre comme un modèle de décentrement de l’honneur des nations européennes. Elle cherche à contourner le politique par sa judiciarisation. Zaki Laïdi insiste sur cette stratégie d’évitement de la force propre à l’Union européenne. Le refus du rapport Solana de penser en termes d’ennemi est topique.
Mais au-delà, l’Union européenne se construit sur le partage même de la souveraineté étatique, voire de sa dilution, en faisant de la norme supranationale son fondement ontologique. Comment l’Europe pourrait-elle alors se penser et agir en tant qu’acteur étatique dans l’ordre international sans se renier elle-même ?
Ainsi Zaki Laïdi qualifie-t-il l’Union européenne de "puissance normative", voire d’"empire normatif". Mais une puissance, juge-t-il, condamnée à ne pouvoir prétendre au statut de grande puissance tant qu’elle n’assumera pas la garantie ultime de sa propre sécurité. La grande puissance se définit par l’intentionnalité de sa puissance, la propension au conflit et la domination. L’Union européenne, puissance non intentionnelle qui refuse l’asymétrie et professe un discours d’interdépendance, serait, tout au plus, un soft power à prendre au sérieux.
10 commentaires
ed
Byzance
Un hochet sans doute... Sincèrement pour le coup les mots français existent.
La rédaction
Iba
Néanmoins vous admettrez que la conclusion, et le court résumé de l’article – visible sur la page de garde du site nonfiction – sont assez gênants, et peuvent laisser le lecteur dubitatif quant au sérieux de l’ensemble. Les deux personnes en cause appartiennent à la même structure. Nicolas Leron a beau ne pas avoir Zaki Laïdi dans son jury de thèse, vous savez, tout comme moi, que ce genre d’hommages est un appel au renvoi d’ascenseur, par jeu d’influence interposé. Le livre de M.Laïdi méritait peut-être de telles louanges. Mais je pense que nonfiction gagnerait grandement à ne pas accepter les articles de thésards sur les livres des professeurs de leur centre de recherche. Parce que vous y perdez en crédibilité. Vous refusez le copinage ? Alors allez au bout de cette logique. Surtout que votre site fonctionne d’abord et avant tout sur des contributions d’universitaires (doctorants, maîtres de conférence, professeurs, etc…). Conservez votre crédibilité, confortez votre succès. L’exigence intellectuelle et critique existe de votre côté. Mais elle existe aussi du côté des lecteurs. Seulement, ceux-ci ne sont pas spécialistes de tous les sujets que vous abordez. Et ils ont besoin de savoir que l’on peut vous faire confiance. Qu’on puisse être en désaccord sur le fond, mais qu’en tout état de cause, que votre probité ne puisse être contestée.
La plupart des articles de ce site me paraissent sérieux, informés et honnêtes. J’apprécie nonfiction, mais j’estime qu’un lecteur attentif ne peut laisser passer une telle maladresse de la part de la rédaction (qui a sélectionné cet article) et de son auteur (qui l’a faite).
Vous revendiquez une approche éthique qui vous honore (le disclaimer). D’autres – et des célèbres – ne le font pas. C’est vrai. Mais est-ce suffisant ? Je ne le pense pas. A mon sens l’avertissement manque de visibilité. Les termes techniques peuvent dérouter certains lecteurs. Il me semble qu’une transparence supplémentaire, dans ce genre de cas, soit nécessaire pour éviter de voir quelque atrabilaire comme moi parler de flagornerie éhontée. Quant au fait que d’autres fassent moins que vous, ça ne doit aucunement vous empêcher de progresser.
Cordialement.
Marion L.