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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Un voyage "selon la nuance"
[jeudi 05 février 2009 - 05:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Carnets du voyage en Chine
Roland Barthes
Éditeur : Christian Bourgois
248 pages / 21,85 € sur
Résumé : L’édition inédite des notes de Barthes dans la Chine maoïste livre les prémisses de la notion de Neutre, aux confins du littéraire et du politique.
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En effet, Bernard Comment, dont le passionnant essai Vers le Neutre vient d'être réédité chez Christian Bourgois, fait du journal intime, de la prise de note fragmentaire et quotidienne, une forme paradigmatique de l’écriture du Neutre. Autant l’objet visé  – des événements anodins restitués presque immédiatement –, que le point de vue – l’observation en retrait –, réalisent un principe essentiel du Neutre : le refus du "vouloir-saisir", vers lequel toute l’œuvre de Barthes semble tendre. Or la présence immédiate de l’écriture face au monde ne semble pouvoir supporter la correction, le travail de mise en texte. On peut dès lors émettre l’hypothèse qu’intrinsèquement, le Neutre s’expérimente dans des bribes non destinées à être publiées. Cette poétique du fragment est emblématique d’une stratégie d’évitement et de déprise visant à ce que le sens ne se fixe jamais. Elle correspond à la nature du pays exploré, là où selon Barthes "la signifiance est discrète jusqu'à la rareté".

C’est ainsi dans le plaisir proprement littéraire du texte, à travers le surgissement de l’humour, et par le biais de descriptions répétitives au sens glissant, mimant la fadeur des paysages, que se joue la construction intellectuelle du Neutre, dans toute son intensité littéraire et politique. La teneur théorique et esthétique des Carnets du voyage en Chine fait ainsi clairement signe vers le séminaire sur le Neutre que Barthes propose au Collège de France en 1977-78. Ils en constituent une parfaite introduction, assez concrète dans l’évocation sensible pour que le curieux se laisse entraîner vers l’élaboration plus abstraite des cours. 

Dans l’introduction de son séminaire, Barthes déclare que la valeur de la littérature tient à ce qu’elle permet de "vivre selon la nuance". Or un syllogisme de bonne foi inite à dire que si ces carnets chinois permettent une immersion totale dans la nuance, cela signifie que Barthes y propose une écriture, une poétique singulière, autant qu’une réflexion en acte (parce que littéraire) sur le politique .


*À noter :

La publication inédite des Carnets du voyage en Chine est accompagnée de celle de Journal du deuil au Seuil, et de la réédition de trois textes chez Christian Bourgois :  le Colloque de Cerisy consacré à Roland Barthes en 1977 dirigé par  Antoine Compagnon, L'Écriture même : à propos de Roland Barthes de Susan Sontag et Roland Barthes, Vers le Neutre, de Bernard Comment. Paraissent en outre Empreintes de Roland Barthes, dirigé par Daniel Bougnoux (éditions INA), et Pourquoi j’aime Barthes, d’Alain Robbe-Grillet (éditions Christian Bourgois). 

 

*À lire aussi sur nonfiction.fr : 

- Roland Barthes, Journal de deuil (Seuil/IMEC), par Pierre Eugène.

- Alain Robbe-Grillet, Pourquoi j'aime Barthes? (Christian Bourgois) par Camille Renard.

- Interview de Thomas Clerc "Entre deuil et voyage : l'(in)acualité de Barthes", par Camille Renard.

- Notre dossier : "Barthes ou le désir des textes".

 

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1 commentaire

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dayan

30/08/09 19:04
Sans m'aventurer dans une critique des signes avant-coureurs de la conceptualisation du 'neutre' de Barthes, son indécence, son manque de critique et d'émotion quant à son voyage interpellent n'importe quelle personne connaissant un tant soit peu l'histoire chinoise sous le régime communiste. Pour répondre à la supposée "décence ordinaire" de Barthes décrite par Sollers, il est nécessaire de souligner, non pas sa décence, mais sa profonde indécence. Les critiques formulées à son égard par l'esprit, autrement plus éminent, Simon Leys sont toujours d'actualité. Pourquoi s'évertuer à publier ces tissus d'âneries qui sont d'une légèreté insultante vis-à-vis des massacres de l'histoire...

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