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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
La classe dominante mondiale rêve de moutons électriques
[vendredi 30 janvier 2009 - 10:00]
Politique de la ville
Couverture ouvrage
Paradis infernaux. Les villes hallucinées du néo-capitalisme.
Mike Davis, Daniel Bertrand Monk
Éditeur : Les prairies ordinaires
315 pages / 20,90 € sur
Résumé : Un ensemble d’études alarmistes mais peu pertinentes sur les utopies urbaines produites par le néolibéralisme.
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Plus globalement, nombreux sont les articles qui n’apportent pas grand chose à cette problématique urbaine. Le travail de Judith Botnar sur Budapest est creux et forcé, celui sur Médellin semble avoir oublié l’objet de l’ouvrage collectif. L’archétype de l’article qui semble avoir été rédigé à la va-vite et qui est au final sans grand intérêt est celui d’Eric Hazan . L’auteur brosse superficiellement le portrait d’un Paris qui ne serait pas menacé, comme le pensent les sociologues urbains, par la gentrification, mais par une forme d’"apartheid" (sic), véritable "purification ethnique et de classe"  (re-sic). Hazan n’analyse en rien le cas parisien, se fait polémiste et use de propos bien trop péremptoires pour emporter l’adhésion. Dommage, il y avait pourtant matière à réaliser une étude fort intéressante.

Plus généralement, les articles portant sur ces "paradis infernaux" sont avant tout des critiques radicales qui n’apportent aucune information nouvelle. Si les références au "mentor" Davis sont redondantes et parfois gênantes, les travaux universitaires, pourtant nombreux dans ce champs scientifique, ne semblent pas avoir été une préoccupation pour cette dizaine d’auteurs. Sauf peut être pour Mitchell et son l’analyse du Caire .
Sous leurs oripeaux de sciences sociales, ces études polémiques ne mobilisent que des données tirées d’Internet et de quelques articles de presse ; c’est dire leur vacuité scientifique.

Et que dire du manque d’entretiens auprès des acteurs de ces nouvelles logiques spatiales ? Qu’en est-il des représentations, du vécu des habitants de ces quartiers ? Pourquoi ne pas définir les outils conceptuels utilisés, et en premier lieu la notion de néocapitalisme ? Le dossier est bien trop à charge pour être sérieux. Et les références intellectuelles à Marx, Bourdieu ou encore Benjamin soulignent justement à quel point, paradoxalement, l’analyse de ces territoires est elle-même déterritorialisée : loin de toute rigueur scientifique et du terrain proprement dit.



Les villes hallucinées : une démarche contestable qui interroge les finalités de la critique radicale

À ce titre, Davis n’a par exemple jamais mis les pieds à Dubaï. Certes cela n’empêche pas certains auteurs de réaliser des analyses fines. Mais n’est pas Marcel Mauss qui veut. Et à ce titre, le projet initial de cet ouvrage, montrer la fin de l’histoire urbaine par la concrétisation d’utopies libérales, afin de constituer des outils de lutte, est bien militant et non scientifique. Ce projet s’avère ici assez déroutant quand on mobilise des auteurs comme Trotsky dans l’introduction 

Plus généralement, ce genre d’ouvrage pose la question de l’inflation actuelle d’ouvrages critiques, véritables colosses au pied d’argile. Certes les lecteurs déjà familiarisés avec le "style Davis" seront un public de choix pour cette production. Mais capitalisant sur son image d’auteur iconoclaste, ce genre d’ouvrages ne peut qu’occulter au contraire les travaux de sociologues et d’historiens urbains, relevant d’une démarche scientifiquement validée, surtout dans la mesure où il ne fait preuve d’aucune vulgarisation.

Au final, à la lecture de ces Paradis infernaux, un malaise se fait ressentir : la sensation d’un travail bâclé, peu sérieux, au profit d’un projet trop politisé. Le contexte actuel est bien trop complexe et difficile pour ne pas tomber dans un discours outrancier, qui n’aide en rien à sa compréhension.

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1 commentaire

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Sh.

30/01/09 14:52
Ayant lu le texte de Davis, "Le Stade Dubaï du capitalisme", on peut affirmer que les références idéologiques sont clairement ancrées dans le texte, voire en sont même la genèse. [« Dans un scénario économique idéal, ces gigantesques profits pourraient servir à financer la conversion de l'économie mondiale a l'ère de l'énergie renouvelable [...]. Mais, dans le monde réel du capitalisme, ils alimentent la débauche de luxe apocalyptique dont Dubaï est l'illustration exemplaire. »]

Pourtant, son article se tient convenablement, sans pousser dans du manichéisme, et même si l'on peut déplorer un manque d'argumentation (le double de contenu n'aurait pas été en trop), Davis, dans un style très journalistique, permet de porter la plume dans la plaie. Certaines phrases, plus que d'autres, semblent très travaillées et éclairent véritablement l'œuvre. De même, certains faits choisis permettent une mise en lumière de cette "impertinence" de Dubaï (exemple des travailleurs "bon marché et de préférence non-syndiqués"
L'ouvrage est quand même une bonne lecture, du moment que l'esprit critique reste de mise (pour Davis comme pour n'importe quel autre auteur que ce soit d'ailleurs).

Je vous renvois vers ma critique parue sur Comprendre ce là-bas :
http://shyankar.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/01/03/dubai-l-impertinente.html

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