On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’idée de responsabilité sociale des entreprises (RSE) est relativement ancienne, expliquent Jean-Pascal Gond et Jacques Igalens, car elle “s’est constituée en doctrine structurant les discours et pratiques des hommes d’affaires américains entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle […] dans une tradition de philanthropie corporative” . Mise sous le boisseau avec la crise de 1929, elle renaît dans les années 1950 et le monde académique s’en empare à son tour comme l’atteste le livre d’Howard R. Bowen Social Responsibilities of the Businessman, paru en 1953. Dès cette époque, l’idée de RSE fait l’objet de controverses, la plus célèbre critique restant celle de Milton Friedman.
Depuis une dizaine d’années environ, la RSE a fait l’objet d’une institutionnalisation relativement poussée sous l’effet d’initiatives d’institutions internationales : le Livre vert que la Commission européenne lui a consacré, le Pacte mondial proposé par Kofi Annan, ou la définition de nouvelles obligations légales (en particulier de reddition des comptes en matière sociale, environnementale et éthique). Ces dernières se sont alors accompagnées du développement d’une offre de services par des cabinets de conseils spécialisés dans la réalisation de rapports sur le développement durable, sur l’investissement et la consommation socialement responsables. Mais la RSE a également donné lieu à un travail intense de production de normes par des organismes nationaux et internationaux, dont certaines destinées à la certification.
Une cartographie des théories susceptibles de fonder la RSE.
Le principal intérêt de cet ouvrage réside peut-être dans la clarification qu’il opère entre les différentes théories susceptibles de fonder la RSE. Historiquement, celles-ci ont progressivement intégré les trois niveaux des principes de responsabilité sociale, des processus de gestion des problèmes sociaux, et des résultats et impacts concrets des politiques de RSE . À partir des années 1980, ces approches ont été complétées par la théorie des parties prenantes, qui a permis de préciser les groupes vis-à-vis desquels l’entreprise devait exercer ses responsabilités . Une façon de clarifier le champ, montrent les auteurs, consiste à distinguer le type de représentation des relations entre l’entreprise et la société que supposent les différentes approches théoriques. L’approche fonctionnaliste appréhende la relation sur le mode de l’intégration et s’attache à éclairer les conditions grâce auxquelles les buts de l’entreprise et de la société peuvent être rendus compatibles . “L’approche socio-politique, davantage centrée sur les dynamiques de pouvoir, analyse le lien entreprise/société comme un rapport de force et de domination. La vision culturaliste s’attache à l’étude de la façon dont les entreprises s’imprègnent des valeurs sociales et influencent en retour ces valeurs” . Dans cette approche, la définition de la RSE varie en fonction du contexte organisationnel et national . “Enfin l’approche constructiviste est focalisée sur la co-construction de l’entreprise et de la société” . Selon cette dernière conception, “la définition et le contenu légitime de la RSE restent ouverts et sujet à négociation : la RSE est un ordre négocié, toujours susceptible d’être modifié ou altéré par les stratégies des acteurs.” . Chacune de ces approches privilégie des questions de recherche différentes, ce qui paraît de cette façon tout à fait naturel.
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