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On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Négationnisme : pourquoi la France ?
[mardi 20 janvier 2009 - 17:00]

Après l’acclamation d’une des figures du négationnisme par un triste clown qui ne fait plus rire grand monde, voici un article qui tombe à pic. Signée par Henry Rousso, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, cette contribution à la dernière livraison de la revue Cités tente de répondre à trois questions : pourquoi le négationnisme concerne t-il particulièrement la France ? pourquoi a-t-il connu un essor dans les années 1970 ? pourquoi à l’Université ?

L’historien entame son article par un rappel des principales étapes du développement du négationnisme en France depuis la guerre, insistant de façon claire sur les évolutions et les personnages clés, comme Paul Rassinier qui postule que le génocide des juifs n’est qu’une "rumeur" inventée de toutes pièces par ceux-ci, inversant de cette manière la charge de la preuve (c'est désormais aux survivants qu'il incomberait de prouver leurs affirmations…).

Jusqu’aux années 1970-80, les idées négationnistes restent confinées à de petits cercles. Il en est ensuite définitivement autrement : en octobre 1978, l’ancien commissaire général aux questions juives déclare dans L’Express : "À Auschwitz on n’a gazé que des poux". Peu après, Robert Faurisson, maître de conférences en littérature affirme dans la presse : "Les chambres à gaz, ça n’existe pas !" . Viendront ensuite, en 1985, l’affaire de la thèse (finalement annulée) d’Henri Roques, les propos de Jean-Marie Le Pen puis des milieux islamistes (par la voix du chef d’État iranien notamment).

Henry Rousso avance plusieurs hypothèses pouvant expliquer cette forte présence de milieux négationnistes en France depuis les années 1970.

Tout d’abord la "nécessité politique" pour l’extrême droite, laminée après Vichy et la perte de l’Algérie française, de "faire sauter l’un des obstacles majeurs à [sa] renaissance". Il faut aussi considérer le contexte post-68 favorable à la révision "des grandes mythologies de l’après-guerre".  Ainsi réévalue-t-on par exemple l’implication de l’État français dans la Collaboration. Cette dynamique aurait offert un terreau favorable au développement du négationnisme, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche , alors que s’exprimaient parallèlement des besoins mémoriels croissants.

Reste la question de l’Université. Pour l’historien, auteur notamment du rapport sur Lyon-III, plusieurs raisons peuvent expliquer qu’elle ait pu accueillir en son sein des négationnistes. Il faut mentionner pêle-mêle l’habillage pseudo-scientifique par Faurisson des thèses de Bardèche ou de Rassinier, un esprit "anti-68" de certaines universités, le fait que les négationnistes purent s’appuyer sur des personnes qui étaient déjà en poste (comme Faurisson), sans oublier les réticences des universitaires à sanctionner leurs pairs.

Si, comme le rappelle Henry Rousso, le négationnisme n’a jamais modifié de façon sensible les acquis de la recherche scientifique, il n’en pose pas moins d’importantes questions éthiques, épistémologiques et juridiques. "Peut-on rester vertueux en luttant contre la perversion ?".

 

* Henry Rousso, "Les racines du négationnisme en France", Cités, n°36, 2008, p.51-62

 

* À lire également sur nonfiction.fr : 

l'entretien avec l'historienne Claire Toupin à propos de la réaction des intellectuels catholiques face à "l'affaire Williamson".

- notre dossier "Fascisme-nazisme. Histoire, interprétations, débats".
 

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12 commentaires

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ludovic

19/02/09 03:29
Sauf pour les témoins directs, le "fait avéré" ne se donne pas à nous de façon immédiate, mais de façon médiate par le récit des historiens.

Ce qui fait partie aujourd'hui de l'histoire documentée par une documentation sérieuse, notamment grâce aux parutions récentes recensées sur Nonfiction.fr, ne l'était pas forcément il y a 30 ans, il y a 40 ans, il y a 50 ans.

Dans « Qui sont les assassins de la mémoire? », in « Réflexions sur le génocide. Les juifs, la mémoire et le présent », tome III, La Découverte, 1995 (1), Pierre Vidal Naquet parle des « failles dans l'historiographie de la Shoah » qu'il a fallu combler ou corriger et dit qu'« il est, par exemple, absurde de parler comme le faisaient les Polonais jusqu'à une date récente de quatre millions de victimes à Auschwitz, ou même, comme le fait Claude Lanzmann[19=Dans sa préface au livre de Filip Muller, Trois Ans dans une chambre à gaz d'Auschwitz, Pygmalion, Paris, 1980, p. 12.] de trois millions. »

Comparons avec ce que dit l'Encyclopédie de la Shoah du United States Holocaust Memorial Museum : « Au moins 960 000 Juifs furent exterminés à Auschwitz. Parmi les autres victimes figuraient environ 74 000 Polonais, 21 000 Roms (Tsiganes), 15 000 prisonniers de guerre soviétiques et entre 10 000 et 15 000 prisonniers de différentes nationalités (civils soviétiques, Tchèques, Yougoslaves, Français, Allemand et Autrichiens). » (2)

(1) http://www.anti-rev.org/textes/VidalNaquet95a/
(2) http://www.ushmm.org/wlc/article.php?lang=fr&ModuleId=46
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François Quinton

06/02/09 16:49
Le mot "révisionnisme" est piégé, puisque c'est de cette appellation que se réclament les négationnistes. L'approfondissement, la remise en cause, la controverse, etc. font évidemment partie de la démarche scientifique.
Mais l'article concerne bien le négationnisme, c'est-à-dire l'entreprise de négation d'un fait avéré : le génocide des juifs perpétré par les nazis.
N'hésitez pas à consulter notre dossier sur le fascisme et le nazisme : http://www.nonfiction.fr/article-1176-fascisme___nazisme_histoire_interpretations_debats.htm
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ludovic

05/02/09 14:01
Est-ce qu'il ne faudrait pas préciser, comme élément de contexte, qu'il y a, à côté de ce négationnisme entaché de fautes intellectuelles et morales, un révisionnisme authentique : c'est à dire des historiens sérieux qui font des remises en question valables ?

Par exemple Serge Klarsfeld, en publiant le livre "Les 1007 fusillés du Mont Valérien parmi lesquels 174 Juifs" qui s'appuie sur un travail documentaire sérieux, opère une utile révision du chiffre de 4500 fusillés gravé sur une plaque commémorative au mont Valérien. Dans ce même livre, Serge Klarsfeld revient sur sa démarche à propos de la plaque commémorative de la rafle du Veld'hiv qu'il a fait corriger en ramenant l'ancien chiffre à un chiffre plus modeste.
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François Quinton

04/02/09 18:14
Cher anonyme "anti-ondit",

1- un peu de courtoisie que diable !

2- Vous me dites de "ramene[r] des preuves concretes de ce que [j'] avance...". Fort bien. Commencez-donc par vous même, puisque vous soutenez que j'affirme que "dieudonné [nie] l existance des chambres a gaz" !

3- Si le fait de voir un héraut du négationnisme se faire applaudir par plusieurs milliers de personnes (ce n'est pas une rumeur, la vidéo est disponible ici : http://www.youtube.com/watch?v=WvxjzVm17ZI&hl=fr) ne vous pose pas question, interrogez-vous.

4- Il m'aurait été vraiment pénible d'écrire un article sur Dieudonné. Celui-ci (qui est bien le cadet de mes soucis) n'est pas le coeur de l'article.

5- Une personne, figurez-vous, peut très bien se déclarer "non raciste" ou "non antisémite" ou "extra-terrestre" ou que sais-je d'autre encore, sans que cela soit forcément vrai... ce serait tellement simple ! Exemple : "je ne suis pas raciste, mais il y a quand même trop de Noirs en France" Méfiez-vous...

Cordialement.
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anti-ondit

04/02/09 17:04
just aurait tu un lien d une video ou autre ou on entend clairement dieudonné nier l existance des chambres a gaz ?
au lieu d affirmer des choses completement fausse avec comme base de simples rumeurs ramene des preuves concretes de ce que tu avance...

et dieudonné la repeté plusieurs fois, il n est pas anti semite, mais il est anti-sionniste dailleur on le voit dans une video accompagné de rabins dennoncant eux meme les agissements inhumains perpetrés par l etat criminel d israel.

allez je m en vais avant qu'on me taxe a mon tour d antisemite ou de negationniste...
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