Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Le festival d’Avignon est actuellement à l’honneur dans les librairies, comme si l’annulation de l’édition de 2003, triste souvenir du désespoir des intermittents du spectacle, avait amené les chercheurs à s’intéresser à cet événement culturel national devenu aussi solidement ancré dans le mois de juillet que la célèbre course à vélo des cobayes de l'industrie pharmaceutique. Des historiens, Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque, ont tout d’abord proposé, l’an dernier, une Histoire du festival d’Avignon, qui bénéficia d’une réception très favorable, avant que des sociologues (Jean-Louis Fabiani, Emmanuel Ethis et Damien Malinas) ne fassent état de leurs recherches menées sur le terrain, d’abord à travers des portraits de festivaliers parus dans Libération, puis dans un livre collectif, Avignon ou le public participant. Une sociologie du spectateur réinventé (L'Entretemps).
Temporairement échappé de ce trio avec lequel il collabore depuis plus de dix ans, sans pour autant rompre avec la méthode, c’est en qualité d’observateur non participant que Jean-Louis Fabiani s’est rendu, durant l’été 2005, aux débats des Centres d'entrainement aux méthodes d'éducation active (Ceméa). Ces centres, créés en 1937, sont une survivance de l’audacieuse politique culturelle qui fit les belles heures du Front populaire : des individus d’horizons divers se réunissent pour voir ensemble des pièces et surtout participer aux débats organisés avec les metteurs en scènes et acteurs, dans un lieu spécialement dédié, le lycée Saint-Joseph, apprécié pour son calme.Cet échantillon de public ne peut être considéré comme représentatif : il est essentiellement féminin (à 70%) avec une forte proportion de célibataires et surtout, il s’agit, comme le rapporte l’une des participantes, de "braves bêtes" : un public avenant, prêt à l’échange, faisant montre de bienveillance et de mansuétude, toujours soucieux de comprendre les intentions des metteurs en scènes même lorsque les pièces ne plaisent pas.
Fabiani est bien conscient des caractéristiques de ce public et le tour de force de sa démonstration – car le livre est très bien argumenté – est de parvenir à tirer de cette étude de cas des enseignements dont la portée dépasse largement le seul cadre du festival d’Avignon. Son propos est original, puisque si les débats au Ceméa avaient déjà été utilisés dans une thèse soutenue en 1991 , la visée était alors essentiellement pédagogique (et pour un public anglophone restreint !).
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Anonyme