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On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Daniel Innerarity : "Penser ce que pourrait être une politique de gauche aujourd'hui"
[vendredi 05 décembre 2008 - 11:00]
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L'œuvre du philosophe Daniel Innerarity, qui est également un chroniqueur réputé d'El País, s'attache à penser de nouvelles voies pour la politique en tenant compte de ses mutations contemporaines. La politique doit selon lui se penser comme un "art de la contingence", ayant vocation de "médiation" entre les différentes sphères qui composent la société, pour aider celle-ci à investir les possibilités qui se présentent à elle.

nonfiction.fr : Vous insistez dans vos ouvrages sur le rôle de la politique, tout en étant conscient des changements qu'elle subit. Comment continuer de donner force à l'action politique ? Quelle est la particularité du politique par rapport à l'économique ou au culturel ? 

Daniel Innerarity : Je m'inscris dans un mouvement de pensée qui vise à réhabiliter la politique, mais sans nostalgie, non pas en partant de ce qu'elle était (où de ce que l'on suppose qu'elle était) mais à partir de ce qu'elle peut être, aujourd'hui, à une époque où elle connaît une transformation fondamentale.

Donner force à l'action politique, aujourd'hui, c'est d'abord voir que la politique n'est, comme le dit Luhmann, qu'une sphère parmi d'autres (la science, la religion, l'économie, etc.), une sphère qui ne peut plus diriger de manière hiérarchique les autres sphères et leur imposer sa logique, mais une sphère qui met en relation les autres sphères, qui les oblige à sortir de leur logique propre et de la cécité inhérente à celle-ci, à prendre en compte la logique des autres sphères. Donner force à la vie politique, c'est donc d'abord pour moi prendre conscience des limites de l'action politique.

La politique n'est pas une science ayant vocation à régir l'ensemble de la société mais un art visant à gérer la contingence, à trouver les bons compromis entre les différentes sphères (quitte à ne pas satisfaire tout le monde). Dire cela, ce n'est pas renoncer à la politique, bien au contraire. Dans nos sociétés complexes, il est plus que jamais nécessaire de faire entendre la voix de l'intérêt général, afin de relativiser les autres sphères (la culture, par exemple, méprise souvent l'économie, or il faut bien compter, même dans le domaine culturel ; l'économie méprise souvent les questions écologiques, or il faut bien les prendre en compte aussi lorsqu'on produit, etc.).

Là est le rôle de la politique, un rôle non de direction mais de médiation. La politique est beaucoup plus forte lorsqu'elle se pense ainsi que lorsqu'elle s'imagine, fantasmatiquement, régir l'ensemble de l'ordre social. C'est pourquoi j’accorde un intérêt particulier à l'Union européenne, en laquelle je vois une des figures que prend la politique contemporaine.

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1 commentaire

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ghislainhammer

05/12/08 17:16
Entièrement d'accord avec :

..."il est plus que jamais nécessaire de faire entendre la voix de l'intérêt général, afin de relativiser les autres sphères ."...

L'on remarque que notre société est une société égoiste, chacun ne voit qu'à sa porte, personne ne va voir si le voisin est toujours vivant. L'intérêt général : les syndicats, l'éducation nationale, les fonctionnaires s'en fichent...La société doit gagner en solidarité avant même qu'elle puisse se réinventer. Il va nous falloir construire un rêve, pour cela, il faudra fort y penser le soir avant de rejoindre sa couette !

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