Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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Professeur honoraire au Collège de France, Daniel Roche s’est attaché dans son œuvre sur l’histoire socioculturelle du monde des Lumières à aborder constamment de nouveaux champs de recherche. L’analyse des lieux de sociabilité savante du XVIIIe siècle (Le siècle des Lumières en province (1973), Les républicains des lettres (1988)) a côtoyé dans son travail l’étude des cultures populaires (Le Peuple de Paris, 1981), puis des cultures matérielles (La culture des apparences (1989) et en 1997 l’Histoire des choses banales). L’historien s’intéresse depuis une dizaine d’années à l’histoire de la mobilité : ainsi, son précédent ouvrage, Humeurs vagabondes, traitait notamment du voyage, des "arts de voyager", et des mécanismes de contrôle des voyageurs à l’époque moderne.
Dans un même mouvement, paraît cette année le premier volume d’un dense triptyque sur la culture équestre de l’Occident : "ce premier livre est consacré aux relations quotidiennes et à l’utilité à l’œuvre dans une présence généralisée, de la ville à la campagne, des usages aux métiers induits : le Cheval moteur retrace l’histoire d’une conquête et de ses moyens" . Pour Daniel Roche en effet, le cheval, jusqu’à l’invention du moteur à explosion, est un "phénomène global, aussi révélateur que le serait l’automobile pour un historien du XXe siècle" . Partant du constat d’un relatif vide historiographique (notamment pour la période moderne) et insistant sur les changements biologiques, sociaux et culturels opérés sur le cheval au XXe siècle et en ce début de XXIe siècle, Daniel Roche souhaite dans son livre "montrer l’importance d’un phénomène social, la présence familière des chevaux, entre le moment de leur première expansion – le Moyen Âge – et celui de leur recul – au XXe siècle", pour ainsi contribuer "à l’histoire générale des animaux, mais en plaçant son accent sur l’ensemble des pratiques sociales, utilitaires et distinctives, comme sur l’indispensable contextualisation des connaissances qui concernent le cheval" . Son travail constitue donc un complément historique de taille à la synthèse de l’anthropologue Jean-Pierre Digard sur l’Histoire du cheval, à laquelle Daniel Roche rend hommage à plusieurs reprises.
Le cheval, "fait social majeur"
Constatant l’omniprésence de l’animal, Roche propose d’imbriquer les usages économiques et les fonctions sociales et culturelles du cheval. Car si l’auteur décrit pour le monde rural les besoins énergétiques et la force des équidés (mulets et ânes compris), il insiste de manière fort intéressante sur leur rôle dans la ville, dans les échanges commerciaux et dans l’accroissement de la vitesse. Les chevaux et leurs attelages structurent la ville : "agents puissants de l’urbanisation et de l’aménagement modernes" , les chevaux obligent à penser ou à repenser la rationalisation et l’organisation urbaines. Il s’agit de faciliter la circulation et d’éviter "l’embarras", topos des descriptions urbaines de l’âge moderne marqué par l’encombrement et les problèmes de croisements. "Utilitaire et spectaculaire" comme le souligne Roche, l’accroissement de la circulation des voitures privées et des fiacres hippomobiles transforme la ville et, en premier lieu, Paris : "l’Ouest paisible de quiétude et de luxe, échappée de mauvais rêve, le centre au paysage tanguant des omnibus et des tramways, eldorado moderne des boulevards, le Paris du désordre pauvre des quartiers d’artisans, des chantiers et des usines, voient coexister journellement tous les éléments d’une culture équestre qui puise sa force et se renouvelle dans le monde des campagnes, dont les villes sont inséparables" . On retrouve là le souci pour Roche de croiser les mondes sociaux et les espaces, en les imbriquant et en insistant constamment sur leur interdépendance.
2 commentaires
La rédaction
visiteur
finalement l'article est un peu critique.