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Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes.

Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Donner sens au monde
[lundi 01 décembre 2008 - 17:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Les Institutions du monde de la vie. Merleau-Ponty et Lacan
Guy-Félix Duportail
Éditeur : Jérôme Millon
226 pages / 24,70 € sur
Résumé : Une étude sur Merleau-Ponty qui insiste sur le dialogue que son œuvre établit entre psychanalyse et phénoménologie pour décrire l'institution du sens.
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Lorsqu'il apprit que Heidegger était mourant, l'on raconte que Lacan se rendit aussitôt à Fribourg pour lui expliquer sa théorie des "nœuds borroméens". Mais le philosophe resta silencieux jusqu'à la fin. Il est vrai qu'il ne comprenait pas le français, et que Lacan ne parlait pas l'allemand… On pourrait y voir une allégorie des rapports difficiles que la psychanalyse a entretenus avec la phénoménologie et les pensées qui en sont issues. Entre les héritiers de Husserl et ceux de Freud, il semble qu'aucun dialogue ne soit possible. À une exception près : celui qui s'était entamé, sur le fond d'une véritable amitié, entre Lacan et Merleau-Ponty, et que la mort du philosophe est venue brutalement interrompre en 1961.

Renouer les fils brisés de ce dialogue, poursuivre le chemin où Merleau-Ponty s'était engagé, sa recherche d'un "point de croisement" entre phénoménologie et psychanalyse, telle est l'ambition de Guy-Félix Duportail dans son dernier livre. Il nous amène ainsi à découvrir un aspect méconnu de l'œuvre de Merleau-Ponty, la dimension topologique de cette pensée qu'il désigne très justement comme le "centre absent de la phénoménologie française" ). Il nous propose une lecture croisée de ces deux œuvres qui relève leurs divergences et leurs points de rencontre pour leur permettre de se féconder réciproquement.


Phénoménologie et psychanalyse

L'auteur poursuit ici, avec une grande rigueur, le projet qu'il avait initié dans ses deux précédents livres : confronter la psychanalyse à la phénoménologie afin de la re-fonder en la radicalisant . Il s'agit d'accompagner la radicalisation merleau-pontyenne de la phénoménologie, de "l'approfondir en psychanalyse de la vision", et en même temps d'opérer une "radicalisation ontologique" de la psychanalyse, qui l'aiderait à surmonter la "déviation idéaliste" que Merleau-Ponty avait repérée chez Lacan.

En effet, Lacan "considère la structure du langage comme un "en soi" coupé de toute genèse" . Il importe au contraire de le réinscrire dans l'expressivité vivante du corps : de découvrir l' "origine charnelle du symbolique" , mais aussi de l'imaginaire. Nos paroles, nos fantasmes, nos amours et nos rêves s'enracinent dans le terreau pré-objectif du Lebenswelt, ils s'instituent dans ce "monde de la vie" qui est aussi un monde de chair. La notion merleau-pontyenne d'institution joue ici un rôle décisif : elle permet de penser une genèse impersonnelle du sens à travers une série d'événements contingents qui, sans dépendre de l'action d'un sujet, s'ouvrent à chaque fois sur "l'exigence d'un avenir", assurent la fondation d'une histoire.

Titre du livre : Les Institutions du monde de la vie. Merleau-Ponty et Lacan
Auteur : Guy-Félix Duportail
Éditeur : Jérôme Millon
Collection : Krisis
Date de publication : 28/05/08
N° ISBN : 2841372359
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