On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

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La production scientifique massive des chercheurs africanistes depuis des dizaines d’années n’y a donc rien changé : une grande majorité de l’opinion demeure persuadée que l’Afrique, figée dans le mythe, la tradition et les coutumes ancestrales n’est jamais entrée dans l’Histoire, et que tout progrès en Afrique trouve son origine dans la conquête coloniale. Ces clichés ont été depuis longtemps battus en brèche, mais semblent vivaces : on a pu le constater en écoutant le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en juillet 2007, dans lequel le président français a martelé que "le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas suffisamment rentré dans l’Histoire". Erreur diplomatique ou provocation supplémentaire, ce discours fut prononcé dans l’enceinte de l’université de Dakar, baptisée université Cheikh Anta-Diop du nom du célèbre historien sénégalais qui a œuvré sa vie durant à la reconnaissance du rôle de l’Afrique dans l’histoire de l’humanité. Les réactions furent très vives dans les milieux intellectuels : Adame Ba Konaré, historienne et ancienne première dame du Mali a ainsi lancé un appel à contributions pour répondre au président français. Le Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy, fruit de ce projet, rassemble donc les contributions de vingt-cinq chercheurs et intellectuels africanistes. Historiens, archéologues, politistes, sociologues se trouvent réunis, et les principaux centres de la recherche africaniste sont représentés, parmi lesquels les universités de Bamako (Mali), Dakar (Sénégal), Niamey (Niger), Kinshasa (RDC) et Abomey-Calavi (Bénin), l’EHESS, le CEMAF (CNRS & Paris-I), le SEDET (Paris-VII). Ce Petit précis porte cependant bien mal son nom et le lecteur novice qui y cherchera une synthèse claire d’histoire africaine sera déçu. Il s’agit en effet plutôt d’un recueil varié de contributions scientifiques et de déclarations militantes, intéressantes et pertinentes dans leur majorité, mais souvent bien trop techniques et disparates dans leurs propos pour constituer une synthèse propre à "remettre à niveau" qui que ce soit en histoire de l’Afrique.
Clore un débat
Ceci mis à part, l’ouvrage dirigé par Adame Ba Konaré est passionnant à bien des égards et réussit à répondre aux aberrations du discours de Dakar, de la loi sur le rôle positif de la colonisation et du musée des "arts premiers" (Quai Branly). L’un des enjeux du livre est de démontrer par des exemples l’insertion de l’Afrique dans l’histoire : on lira notamment avec profit l’article passionnant de E. Huysecom et K. Sanogo, qui démontrent que l’Afrique a été pionnière dans les évolutions vers le stade néolithique et qui proposent de reconnaître les spécificités du néolithique africain plutôt que de le nier. On y apprend notamment que la production de céramique et la domestication des bovidés, symptômes néolithiques par excellence, ont été plus précoces en Afrique qu’en Europe ou au Proche-Orient. Citons également l’article de H. Maïga, sur les contributions africaines au développement des Amériques : l’implantation et le développement de la culture du riz, qui nécessite une expertise et un savoir-faire précis, est selon l’auteur "la preuve d’un tout premier modèle de transfert de technologie" de l’Afrique vers l’Amérique. Ces chapitres sont passionnants, et l’on regrette qu’ils ne soient pas plus nombreux.
2 commentaires
MONTAIGNEACHEVAL
Très amicalement, Melle Granoux, et au plaisir.
Jean-Philippe GOLDSCHMIDT, agrégé de Géographie (mais pas jeune, lui, snif!).
Marmousette