On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Mise en garde contre l’impuissance
Il importe avant toute chose de mettre en garde le lecteur contre ce que le titre de cet opus (Le livre : que faire?) publié aux éditions La fabrique pourrait avoir de trompeur. La formule interrogative fait craindre que, devant l’ampleur de la tâche, rien ne serait possible. Le "que faire ?" deviendrait synonyme alors d’échec et de découragement. Il y aurait trop à faire pour faire quoi que ce soit, en quelque sorte. Et, face à l’angoisse qui étreint celui qui examine la situation du livre indépendant actuellement, une seule solution s’imposerait : l’abandon. Évidemment tel n’est pas le cas ici. Tout est affaire d’intonation. Et celle employée par les différents contributeurs de ce livre est clairement volontaire – ce qui n’empêche ni la lucidité, ni la gravité. Éric Hazan résume cette démarche dans l’introduction qui ouvre ce livre par un titre éloquent : "Assez de larmes".
Dès lors, le "que faire ?" prend un tout autre sens. Les professionne ls des métiers du livre réunis ici répondent à cette même question et analysent leur marge de manœuvre réciproque, ce qui équivaut à une interrogation que l’on peut formuler comme suit : moi, éditeur, libraire, bibliothécaire, que puis-je mettre en oeuvre de mon côté pour améliorer la situation du livre indépendant ? Cela se traduit très concrètement par une succession de courtes contributions allant à l’essentiel, signées par un homme ou une femme travaillant au quotidien au service du livre indépendant (certains connus d’autre moins), ayant à cœur d’être force de propositions. Une démarche positive donc, qui s’inscrit dans la lignée d’un livre comme celui d’Éric Vigne, Le Livre et l’Éditeur. La situation est grave. Place à l’action.
Quelques raisons d’agir…
Plusieurs motifs d’inquiétude ont vu le jour ces dernières années qui semblent menacer l’existence même du livre indépendant en France. La situation est suffisamment alarmante pour que même les pouvoirs publics se soient penchés sur la question et aient multiplié plans et colloques. Néanmoins, peu de mesures concrètes ont vu le jour. Éric Hazan souligne que cela est en partie dû à une erreur de méthode. On a voulu considérer le livre comme un tout, sans prendre en compte les conflits d’intérêt qui peuvent exister entre "livre industriel" et "livre artisanal". Or, par-delà l’aspect caricatural de cette présentation, "[…] la distinction entre le livre produit par l’industrie de l’entertainment et le livre issu de l’édition artisanale reste indispensable pour comprendre la véritable situation "du livre"." . Il faut alors cibler ce dont on parle lorsque l’on évoque le "livre". Il s’agit ici uniquement du livre indépendant.
Quelles sont les menaces existantes ? Plusieurs sont identifiées : la concentration des média et de l’édition, la culture de la gratuité qui met à mal le système du droit d’auteur, la tentation clientéliste des pouvoirs publics, la difficulté à conserver un tissu diversifié de librairies face à la concentration des systèmes de diffusion et de distribution… pour n’en citer que quelques-uns. On le voit : la tâche est immense. Elle l’est d’autant plus que l’ensemble du circuit du livre est ici évoqué. C’est un des grands mérites de cet ouvrage qu’il donne la parole à des professionnels peu médiatiques, bien qu’essentiels, tels des diffuseurs, des libraires, des bibliothécaires. Cela permet de prendre en compte la complexité de ces questions – chaque métier étant étroitement dépendant de l’autre. Et l’on s’étonne alors que la collaboration ne soit pas plus souvent de mise entre des professionnels qui auraient sans doute tout à gagner à mettre en œuvre des actions communes.
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