On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Ce qui frappe chez Querrien, c’est le mélange de passion et de sagesse. Il évite de tomber dans le piège des modes éphémères ou des lubies des architectes créateurs. Il se refuse à considérer l’architecte comme un simple "esthéticien" coupé des réalités historiques et sociales. Il parvient à concilier un militantisme ardent avec une vision globale qui intègre urbanisme, patrimoine et problématiques sociales, tout autant que les questions techniques et une connaissance approfondie des rouages de l’administration.
Max Querrien reprend du service au Conseil d’État et poursuit sous une autre forme son entreprise inlassable de sensibilisation du pays à la question architecturale. Il écrit plusieurs articles, prononce des conférences, et en tant que membre du Conseil d’État examine la loi de 1977 sur l’architecture.
Une carrière qui prend un nouvel élan avec l’arrivée de la gauche en 1981
Avec l’arrivée de la gauche en 1981, Jack Lang lui commande un rapport sur la politique du patrimoine, puis le nomme président de l’Institut Français du Patrimoine (IFA). Querrien souhaite en faire un outil majeur de diffusion de la culture architecturale, malgré des moyens qu’il juge insuffisants pour une telle mission. Il cherche néanmoins à élargir sa vocation initiale, en intégrant les problématiques urbanistiques et en s’adressant au grand public.
Il est parallèlement nommé président de la Caisse nationale des monuments historiques (qui deviendra par la suite Monum) établissement responsable de la gestion et de l’animation d’un peu plus d’une centaine de monuments historiques. Max Querrien, jusqu’en 1986, marque l’établissement en lançant les labels "Villes d’Art et d’Histoire", et développe des projets qui visent à faire du patrimoine un secteur vivant et attractif.
Il est ensuite chargé de plusieurs missions, notamment sur un nouvel accès au Mont Saint Michel, et sur le tracé du TGV Sud, projets au service desquels il met ses qualités de négociateur.
Une expérience d’élu local
L’ouvrage se termine par un chapitre qui n’est pas le moins passionnant : celui relatant son expérience comme maire de Paimpol de 1961 à 1995. Il explique avec beaucoup d’humilité les principales actions qu’il a conduites dans cette célèbre bourgade des Côtes d’Armor, issue d’une fusion entre trois communes et menacée par le déclin. Guidé par une approche pragmatique et souhaitant redorer le blason de la ville, il travaille au Plan d’occupation des sols (qu’on appelle depuis les années 2000 plan local d’urbanisme) pour recoudre le tissu urbain de la commune, et redonner toute sa place au port.
Il impulse des projets structurants, notamment un lycée qu’il confie à Louis Arretche, un hôpital et des ensembles de logements sociaux. Max Querrien évoque des choix en matière d’architecture pour Paimpol qui frappent par leur lucidité, préconisant en effet un principe d’insertion plutôt que le geste architectural spectaculaire, "la prouesse ignorante du contexte" comme il aime à le rappeler.
On termine la lecture de ce livre sur des sentiments d’admiration et de respect. La passion, l’engagement, la finesse et l’intégrité de l’homme constituent les clés d’un parcours remarquable au service d’une discipline qui de nos jours s’est imposée comme essentielle pour penser la question du vivre ensemble, du développement durable et de la vie démocratique![]()
Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.
* À lire également sur nonfiction.fr :
-L'ouvrage collectif Malraux et l'architecture (éditions Le Moniteur), par Pierre Lungheretti
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anne querrien