On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

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Entre travail critique et travail universitaire, L’histoire-caméra poursuit et approfondit une réflexion originale qui vise à raccorder esthétique et histoire. Dans son intitulé, l’ouvrage d’Antoine de Baecque porte la marque d’un parti pris très clairement affiché : il s’agit de considérer l’histoire et le cinéma non plus comme deux domaines séparés – l’histoire vue par le cinéma ; et vice versa – mais bien plutôt comme étant intrinsèquement liés. En relevant cette homologie, l’auteur entend démontrer la faculté qu’à le 7e art de se faire archive visuelle du siècle, conservatoire des gestes, des croyances, des contradictions et des débats du temps passé. Mais aussi celle qu’il a de donner une forme à l’histoire par le biais de la mise en scène et du montage : "le cinéma, écrit-il, semble être devenu, surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, l’art par excellence de l’histoire, la forme moderne de la représentation historique."
En sept chapitres, auxquels s’ajoute une éclairante mise au point historiographique, Antoine de Baecque se risque à un parcours sillonnant l’histoire du cinéma dans certains de ses moments forts – le cinéma moderne des années 1950, la Nouvelle Vague – ou significatifs – le cinéma de l’Est à l’heure de la fin du communisme, Hollywood dans la dernière décennie – et de ses figures – Sacha Guitry, Jean-Luc Godard, Peter Watkins.
Disons-le tout net : la réussite est totale. La grande force de l’ouvrage réside dans ses analyses érudites et brillamment menées, qui parviennent à extraire l’essence historique d’une foule de films en les comparant les uns aux autres, au regard de l’histoire du siècle. Soulignons aussi la profusion et la pertinence des illustrations , toujours à propos pour comprendre sur pièce les arguments développés au fil du texte.
Au croisement de l’esthétique et de l’Histoire
Difficile d’entamer une histoire des formes cinématographiques du demi-siècle passé en omettant l’apport de tous ceux qui ont pensé le cinéma. Antoine de Baecque reconnaît volontiers et explique l’influence de plusieurs courants disciplinaires ou intellectuels. Un héritage d’abord : celui de la critique cinéphile qui, entre dévotion pour ses auteurs fétiches et détestation des films à sujet de la "qualité française", a forgé un goût immodéré pour le cinéma et une façon unique d’en appréhender les œuvres. Avant d’en devenir l’historien, Antoine de Baecque a écrit aux Cahiers du Cinéma dont il a été un temps le rédacteur en chef. Se dessine en filigrane dans son texte la figure tutélaire de Jean-Luc Godard et l’ombre projetée des Histoire(s) du cinéma, auquel est consacré un chapitre.
Autre filiation notable, celle du courant "Cinéma et Histoire" développé dans les années 1970 par Marc Ferro qui a explicité la double dimension du cinéma à la fois agent de l’histoire – dans sa dimension de propagande par exemple – et document apte à rendre visible l’histoire. Pour sa part, Antoine de Baecque s’en tient à une histoire culturelle qui invite à comprendre un film "avec les textes qui l’accueillent, avec les événements politiques qui en commandent la compréhension, avec les bouleversements sociaux qui en changent la signification".
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ELODIE
Kitty
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