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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Panorama des guerres de mémoires
[jeudi 16 octobre 2008 - 09:00]
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Certains films ont d'ailleurs établi le parallèle entre les deux conflits ouvrant les plaies du nationalisme et de la démocratie américaine. En Inde, le cinéma s'est  affirmé comme le vecteur d'un nationalisme revigoré, post-colonial. Mais les partis pris sont extrêmement divers et on ne saurait réduire le cinéma indien aux seules productions bollywoodiennes. Les subaltern studies ont ainsi privilégié les anonymes, les oubliés de l'histoire qui néanmoins portèrent la nation indienne. La conclusion que donne Catherine Servan -Schreiber est particulièrement frappante : cinéma britannique (du colonisateur) et cinéma indien (de colonisé) se rejoignent sur nombre de thèmes. Les deux mémoires sont incontestablement interdépendantes. "Désormais, les mémoires 'cinématographiques' sont en partage, mondialisées, entrecroisées"  

 

Les luttes, néanmoins, continuent et toute tentative d'officialisation, d'institutionnalisation et d'homogénéisation de la mémoire nationale est appelée à se confronter aux oppositions les plus vives. Nous ne retiendrons que deux cas, exemplaires de ces conflits politiques et sociaux, à charge pour le lecteur de découvrir les autres situations, celles qui l'intrigueront davantage encore. En Espagne, la récente Loi sur la mémoire historique, approuvée le 1er novembre 2007, réhabilite les victimes républicaines du franquisme, mais suscite un certain nombre de blocages du côté du Parti populaire, qui s'oppose à l'exigence de réparation de ces victimes et à l'excavation des fosses communes destinée à donner une sépulture digne aux personnes mortes et assassinées pendant la guerre civile, et du côté de l'Église catholique. Les dirigeants politiques de droite et les évêques, soutenus par le Vatican, en appellent à un droit à l'oubli. Les travaux des historiens restent donc pour le moment isolés et la nouvelle loi trouve encore peu d'échos. En Pologne, le régime communiste a laissé d'importantes séquelles politiques et psychologiques. Dans une optique d'épuration de la mémoire, la loi de "lustration" oblige les fonctionnaires, mais aussi plus récemment journalistes ou prélats, à faire leur auto-critique, à justifier leurs activités durant la période communiste. La vague de protestations a été telle, au printemps 2007, que la Cour constitutionnelle a éliminé certaines dispositions de la loi. Que le monument consacré aux "Héros de l'étendard rouge" ait été, au cours d'un happening, repeint et dédié à Jimmy Hendrix, constitue l'indice d'un changement sociétal. Mais l'éradication légalisée de tout un passé révèle, elle, les excès d'un État purificateur des consciences. 

 

Cet exemple renvoie en fin de compte à la question fondamentale de la place de l'État dans les processus collectifs et nationaux de mémorialisation du passé. L'article stupéfiant de Nicolas Bancel et Thomas Riot sur le cas rwandais montre que les reconnaissances officielles (étatiques) sont loin d'être inutiles. Après 14 ans d'occultation du rôle  joué par la France dans le conflit meurtrier entre Tutsis et Hutus, la vague journalistique portée par Le Monde au début, puis La Croix, et Pierre Péan plus récemment , qui défendait la thèse ethniciste d'un conflit opposant deux "tribus" que tout destinait à s'entretuer, il n'est pas interdit d'espérer de la part de la diplomatie française, et plus largement du pouvoir exécutif, la reconnaissance symbolique du génocide ainsi qu'un retour critique sur le rôle de la France. De là à légiférer, il y a un pas que nombre d'historiens ne souhaitent pas voir franchi. On se référera en ce sens au petit essai de Pierre Nora et Françoise Chandernagor (Liberté pour l'histoire) sur la spécificité française qui consiste en une multiplication, depuis une vingtaine d'années, des lois dites "mémorielles". Celles-ci encouragent les revendications et les exigences de réparation à l'infini; surtout, elles brident le travail des historiens, dont le rôle est sans doute de laisser ouverts les espaces de discussion sur la mémoire.

 

* "Les guerres de mémoires dans le monde", Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson (dir.), Hermès, 52, 2008, 25€

 

* À lire également sur nonfiction.fr :

- Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson (dir.), Les Guerres de mémoires (La Découverte), par Arnaud Fossier. 

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1 commentaire

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Byzance

18/10/08 19:45
Révisioniste n'est pas un gros mot M. Fossier, cela veut juste dire qu'il souhaite réviser un point, lui apporter un nouvel éclairage, la mise en parallèle avec le terme négationiste des auteurs de l'article n'est pas très élégant et aurait nécessité, a minima, une explication. Péan révisionniste avec le Rwanda (même pas il faudrait une position établie à réviser, ce n'est pas le cas), comme Bloch le fit avec le Moyen Âge ou Furet avec la Révolution Française. Vive le révisionnisme, sinon qu'apprendrions nous ? Lavisse ? Révisons encore et encore...

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