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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Pour une ''paxtonisation'' de l'histoire nationale
[mardi 07 octobre 2008 - 17:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les guerres de mémoires. La France et son histoire
Pascal Blanchard, Isabelle Veyrat-Masson
Éditeur : La Découverte
334 pages / 19 € sur
Résumé : Devant les incessants conflits mémoriels, une interrogation sur le rôle de l'histoire dans ces querelles qui agitent l’État et la société.
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Il faut remercier Nicolas Sarkozy. Au travers de ses différents discours prononcés ces deux dernières années, le candidat, puis le président, s’est affirmé comme le champion de l’anti-repentance, le tenant d’une mémoire nationale orgueilleuse, le chantre de l’oeuvre civilisatrice de la France . Finies les complaintes africaines, liquidé l’héritage de Mai 68, vive Guy Môquet ! "Avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, l’État est en train de redéfinir une ‘politique de la mémoire’ suractive" constatent, avec inquiétude, Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson. Il n’en fallait pas davantage pour que les historiens prennent le taureau par les cornes et se confrontent à cet "État mémoriel", mis en place bien avant que Nicolas Sarkozy ne s’intéresse à l’histoire de France.


L’irruption de la mémoire

Car, outre la nouveauté que constitue l’arrivée à la tête de l’État le fort en communication de la classe politique, il faut noter que le Législateur ne s’est pas privé ces dernières années de jouer sa partition mémorielle en statuant sur le négationnisme (loi Gayssot du 13 juillet 1990), le génocide arménien (loi du 29 janvier 2001), la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité (loi Taubira du 21 mai 2001), puis sur l’enseignement des "effets positifs" de la "présence outre-mer" (loi du 23 février 2005). Cette dernière loi, dont l’article 4 a finalement été abrogé, a été le déclencheur d’un débat assez vif parmi les historiens, très partagés sur la capacité des représentants du peuple à prendre en charge la mémoire nationale. En juin puis décembre 2005, deux collectifs ont ainsi vu le jour, réunissant de nombreux chercheurs : le Comité de vigilance face aux usages de l’histoire (CVUH) d’un côté, Liberté pour l’histoire de l’autre. Ces derniers réclament l’abrogation de toutes les lois dites "mémorielles", sans distinction, au nom de la liberté d’expression de l’historien qu’on ne saurait enfermer dans des lois, limiter par des programmes, ni même réduire à la fixation d’une mémoire nationale ou à des enjeux de reconnaissance symbolique. Mais le CVUH, s’il n’en défend pas moins l’autonomie de la recherche, demande à ce qu’on ne fasse pas l’amalgame entre la loi Gayssot de 1991 qui pénalise le négationnisme et une loi comme celle du 23 février 2005 qui dicte en partie les contenus de l’enseignement au lycée. De même que les discours officiels offrent davantage de visibilité aux débats des historiens, l’œuvre législative des quinze dernières années revitalise sans doute la discipline historique, d’autant que les mémoires du colonialisme sont très loin d’être stabilisées et se branchent directement sur la question sociale, politique et médiatique de l’immigration.

On peut évoquer un troisième facteur de changement : la multiplication des lieux destinés à éduquer le grand public sur l’histoire de la nation. Or, la frontière est souvent mince entre le musée et le mémorial. En témoigne l’appellation originale d’"historial" pour désigner le musée conçu par des historiens de la Grande Guerre à Péronne, en 1992. Mais se sont récemment accumulées les polémiques autour, notamment, du musée d’histoire de la France en Algérie que le sulfureux Georges Frêche appelait de ses vœux à Montpellier, du Mémorial national de la France d’Outre-Mer à Marseille, de la désertion tragique et forcée des historiens de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, et enfin de la Maison de l’histoire (civile et militaire), installée aux Invalides, dont les fondements scientifiques sont consternants de naïveté et d’inexactitude.

Titre du livre : Les guerres de mémoires. La France et son histoire
Auteur : Pascal Blanchard, Isabelle Veyrat-Masson
Éditeur : La Découverte
Collection : Cahiers libres
Date de publication : 24/09/08
N° ISBN : 2707154636
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